Aller au contenu
§ 01 · Histoire et modèles

Histoire générale de la Peugeot 504 (1968-1983 et au-delà)

Peugeot 504 · 1968–1983 · 7 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Pendant des décennies, Peugeot avait construit son image autour de grandes berlines familiales sérieuses et sans esbroufe : la 203 relance la marque après-guerre, puis les 403 et 404 perpétuent cette philosophie dans une certaine continuité. La 504 s'inscrit dans cette même lignée — cinquième grande berline d'après-guerre de la marque, utilitaires exclus — mais avec l'ambition d'aller plus loin : elle inaugure la série des « 50X » chez Peugeot, un nouveau cran de montée en gamme par rapport à la 404. L'étude du modèle débute dès 1963.

Une devancière directe : la 404

Techniquement, la 504 ne rompt pas avec les recettes maison : moteur à l'avant en position longitudinale, propulsion (roues arrière motrices) et coque autoporteuse, exactement comme la 404. Le nouveau moteur essence, un 1796 cm³, est en réalité dérivé de celui de la 404, disponible en version carburateur (73 ch) ou injection (97 ch). Les dimensions augmentent sensiblement par rapport à la devancière : 4,49 m de long, 1,69 m de large et 1,46 m de haut, soit respectivement 5, 7 et 1 cm de plus — un gain qui profite surtout à l'habitabilité intérieure. Le véhicule atteint la catégorie fiscale des 10 CV, contre 9 CV pour la 404.

Le conservatisme mécanique a toutefois ses limites : la 504 introduit deux innovations notables pour son segment, les quatre roues indépendantes et les quatre freins à disques — Renault avait certes déjà généralisé les roues indépendantes sur un segment inférieur avec la R8, mais l'association des deux innovations reste remarquable pour une grande berline de cette catégorie en 1968.

Un lancement perturbé par Mai 68

La voiture est prête dès le printemps 1968 et sa présentation est initialement programmée pour juin ou juillet. Le climat social du moment — les grèves et manifestations de mai 1968 — pousse cependant Peugeot à reporter la présentation publique. La voiture est finalement dévoilée à la presse et aux concessionnaires le 12 septembre 1968, chaque concessionnaire repartant au volant d'un exemplaire pour que la nouveauté se fasse voir sur les routes avant même sa présentation officielle au grand public, qui a lieu dans le cadre plus classique du Salon de l'automobile de Paris, du 3 au 13 octobre 1968.

L'accueil commercial est un franc succès : les commandes affluent dès le Salon et les usines mettent environ six mois à absorber le seul carnet de commandes du lancement.

Voiture Européenne de l'Année 1969

Ce succès critique et commercial est couronné par le titre de Voiture Européenne de l'Année 1969, devançant notamment la Jaguar XJ6, la BMW E3 (séries 2500/2800) et l'Alfa Romeo 1750 Berlina — un palmarès qui dit assez la place que la 504 occupe, l'espace d'une année, au sommet de la hiérarchie automobile européenne, toutes catégories de prix confondues. C'est la première fois qu'un modèle Peugeot reçoit cette distinction.

Une gamme qui s'étoffe rapidement

Dès mars 1969, au Salon de Genève, arrivent les versions coupé et cabriolet dessinées par Pininfarina (voir Les 504 Coupé et Cabriolet — trois séries signées Pininfarina et La genèse du style de la 504 — le duel Pininfarina / Bureau du Style Peugeot pour la genèse du style). En 1970, la gamme monte en gamme mécaniquement avec un moteur 2,0 litres (98 ch en carburateur, 110 ch en injection selon les sources) et une première version Diesel de 2,1 litres. 1971 voit l'arrivée des versions à empattement long — break, familiale, commerciale — dont le détail complet fait l'objet de Les 504 à empattement long — Break, Familiale et Commerciale.

La suite de l'évolution année par année (dénominations GL/Ti/L, restylage de 1975, arrivée du V6 PRV, phase finale des années 1980) est détaillée dans Chronologie détaillée de l'évolution de la Peugeot 504 (1968-1983) et dans les fiches consacrées à chaque motorisation (Les moteurs essence de la 504 — vue d'ensemble, Le Diesel Indenor — la légende du moteur increvable de la 504, Le V6 PRV sur les 504 Coupé et Cabriolet).

L'arrêt en France, la suite ailleurs

En 1979, la remplaçante directe, la Peugeot 505, est présentée, mais la 504 ne disparaît pas pour autant : elle reste appréciée, notamment de la clientèle des taxis, et sa carrière bascule progressivement vers les véhicules utilitaires. La version pick-up apparaît en 1980 (voir La Peugeot 504 Pick-Up (1980-2005)) et la version tout-terrain préparée par Dangel entre au catalogue Peugeot en 1981 (voir La Peugeot 504 Dangel — le 4x4 français). En 1983, la berline, le break, le coupé et le cabriolet quittent le catalogue français ; seul le pick-up continue d'y être vendu jusqu'en 1996 (les deux dernières années à partir de pièces importées d'Argentine).

Une carrière mondiale bien au-delà de l'Europe

C'est là que commence la deuxième vie, bien plus longue, de la 504. Le modèle est fabriqué ou assemblé dans une liste de pays impressionnante pour l'époque : au Portugal et en France pour l'Europe, au Nigeria, au Kenya, en Afrique du Sud, en Tunisie et en Égypte pour le continent africain (voir La légende africaine de la 504 — « la reine des pistes » et La production nigériane de la 504 et son incroyable pont aérien), en Chine et à Taïwan pour l'Asie, en Australie et en Nouvelle-Zélande pour l'Océanie, et enfin au Chili et surtout en Argentine pour l'Amérique du Sud (voir La Peugeot 504 en Argentine — « El Yeyo »). Elle est même commercialisée aux États-Unis, avec un certain succès jusqu'au milieu des années 1970 (voir La Peugeot 504 aux États-Unis). À elle seule, cette diffusion mondiale en fait la première véritable « voiture-monde » de Peugeot.

Anecdote éclairante sur la longévité commerciale du modèle : en 1998, il se vend encore près de 8 000 exemplaires de 504 dans le monde — soit le double des 3 900 exemplaires écoulés la même année pour la Peugeot 605, alors en fin de carrière sur le haut de gamme européen.

La production s'éteint par étapes : au Kenya en 2001-2002 selon les sources (voir la note de divergence dans sources/verification-croisee.md), en Argentine en 1998, tandis que Sochaux continue de fabriquer coques, pièces détachées et moteurs jusqu'en 2005, expédiés par bateau ou par avion vers le Nigeria — dernier pays à assembler des 504 neuves.

Une production totale exceptionnelle

Au total, toutes carrosseries et tous pays confondus, ce sont 3 711 556 Peugeot 504 qui ont été produites entre 1968 et 2005. Ce total place la 504 parmi les tout meilleurs scores de vente de l'histoire de Peugeot, seulement dépassée par la 205 et la 206.

Un éventail de motorisations sans équivalent chez Peugeot

Sur l'ensemble de sa carrière, la 504 aura reçu une gamme de moteurs particulièrement large : le 1,8 litre essence d'origine (73 puis 78 ch en carburateur, 97 ch en injection), le 2,0 litres qui lui succède en 1970/1971 (93 puis 97 ch en carburateur, 103 puis 106 ch en injection), plusieurs Diesel Indenor (2,1 litres à 65 puis 59 ch, 1,9 litre à 50, 56 puis 49 ch selon les versions, 2,3 litres à 70 ch), le V6 PRV 2,7 litres réservé aux coupés et cabriolets (136 ch puis 144 ch après le passage à l'injection), et enfin un modeste 1,6 litre essence de 62 ch réservé au seul pick-up. Le détail de chaque famille de moteurs est traité dans Les moteurs essence de la 504 — vue d'ensemble, Le Diesel Indenor — la légende du moteur increvable de la 504 et Le V6 PRV sur les 504 Coupé et Cabriolet.

Pourquoi un tel succès ?

Loin de l'innovation tapageuse ou du design provocateur de certaines rivales de l'époque, Peugeot a construit le succès de la 504 sur des qualités plus tranquilles : l'expérience accumulée par le constructeur, la prudence technique, le sérieux d'une fabrication contrôlée. Ce classicisme, qui aurait pu être un handicap face à une Citroën DS finissante ou une Renault 16 audacieuse avec son hayon, s'est révélé un atout décisif : robustesse, fiabilité et simplicité d'entretien ont fait de la 504 la voiture idéale aussi bien sur les routes de la France provinciale que sur les pistes africaines. Peugeot a par ailleurs su décliner le modèle en un éventail de carrosseries et de finitions couvrant toutes les bourses, de la modeste 504 L jusqu'au coupé V6, tout en restant fidèle à la propulsion — un choix qui donne aujourd'hui tout son charme rétrospectif à la voiture.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
lautomobileancienne.com
Auteur du site
alexrenault (lautomobileancienne.com)
Date d'extraction
12 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci