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§ 01 · Histoire et modèles

Rois, maréchaux, écrivains et présidents communistes — la liste stupéfiante des propriétaires connus de la T87

Tatra T77/T87 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Une voiture qui traverse les régimes politiques sans jamais changer de standing

Peu d'automobiles peuvent se prévaloir d'avoir compté, parmi leurs propriétaires documentés, des figures aussi politiquement incompatibles que des dignitaires nazis, des maréchaux soviétiques, des présidents communistes tchécoslovaques et un roi d'Égypte — sans qu'aucun changement mécanique ne soit intervenu entre-temps. C'est pourtant le cas de la Tatra 87, dont la liste des propriétaires connus, compilée par Wikipédia, traverse tous les camps de la Seconde Guerre mondiale puis de la Guerre froide.

Des figures de tous les horizons

Le monde de l'ingénierie et de l'aéronautique : Hans Ledwinka lui-même reçoit une T87 en cadeau de la part de Felix Wankel (l'inventeur du moteur rotatif) après son départ à la retraite — cette voiture est aujourd'hui exposée au Deutsches Museum de Munich. Ernst Heinkel, concepteur aéronautique dont l'entreprise produira le premier avion à réaction du monde, figure également parmi les propriétaires.

Le monde politique et militaire, de tous les bords : le maréchal allemand Erwin Rommel (qui utilisait sur le terrain, en alternative, une Škoda Superb — le grand concurrent tchèque de Tatra) ; le général soviétique Andreï Iéremenko, qui reçoit en cadeau la toute première T87 construite après la guerre — elle est aujourd'hui exposée au musée Tatra de Kopřivnice (voir Les musées Tatra de Kopřivnice — deux collections et un train qui a devancé le Pendolino de 70 ans) ; côté tchécoslovaque, Edvard Beneš (ministre des Affaires étrangères puis président), et, après le coup de Prague de 1948, les présidents communistes Antonín Zápotocký et Klement Gottwald eux-mêmes.

Le monde littéraire, artistique et religieux tchèque : l'écrivain Vítězslav Nezval, cofondateur du mouvement surréaliste tchécoslovaque ; l'artiste polyvalent Emil František Burian (poète, chanteur, acteur, compositeur, metteur en scène) ; le cardinal Josef Beran, archevêque de Prague — plus tard persécuté par le régime communiste.

Le monde international : le roi Farouk Ier d'Égypte ; l'écrivain américain John Steinbeck, qui importe lui-même une T87 aux États-Unis (voir le récit détaillé de sa postérité américaine dans Quatorze ans au volant d'une T87 — le témoignage de référence de l'historien Karl Ludvigsen) ; l'animatrice et humoriste américain Jay Leno, grand amateur d'automobiles anciennes ; l'architecte britannique Norman Foster ; et, dans les années 1930, la pilote automobile tchèque Eliška Junková, l'une des plus grandes conductrices de l'histoire des grands prix.

Pourquoi cette liste importe

Au-delà de son caractère anecdotique, cette diversité de propriétaires illustre un fait central de l'histoire de la T87 : elle a fonctionné, sans discontinuer entre 1936 et 1950 (voir La Tatra 87 (1936-1950) — la remplaçante plus légère, plus rapide et produite en plus grand nombre), comme la voiture de prestige par excellence de l'Europe centrale, quel que soit le régime politique au pouvoir à un moment donné — royauté égyptienne, occupation nazie, ou nomenklatura communiste. Ce constat replace utilement sa réputation de « voiture des officiers nazis » (voir La légende de la « tueuse d'officiers nazis » — ce que les sources établissent vraiment, et ce qu'elles ne confirment pas) dans un contexte plus large : elle a été, pendant près de quinze ans, la voiture des élites de toutes obédiences politiques, et non spécifiquement celle du régime nazi.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
en.wikipedia.org
Date d'extraction
12 sept. 2026
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