La French Connection : de l'accord de 1979 à la prise de contrôle Renault (1983)
1978-1979 : un premier rapprochement industriel
Le 31 mars 1978, American Motors et Renault (alors entreprise publique française) annoncent un accord de fabrication et de distribution croisée. Quelques mois plus tard, en 1979, un accord commercial permet à Renault de vendre ses propres modèles à travers le réseau de concessionnaires AMC-Jeep aux États-Unis — préfigurant la vocation de « tête de pont nord-américaine » qu'AMC va occuper pour Renault durant toute la décennie suivante (voir plus bas, et Les fruits de l'alliance - Renault Alliance/Encore et Jeep Cherokee XJ pour son aboutissement le plus concret). C'est sous la présidence de Gerald C. Meyers, alors patron d'American Motors depuis le départ à la retraite de Roy Chapin Jr. en octobre 1977 (voir De la dérive Abernethy au sursaut Chapin (1962-1970)), que les discussions s'engagent véritablement en 1979.
Le contexte est celui d'une crise majeure : le second choc pétrolier consécutif à la révolution iranienne fait plonger l'ensemble de l'industrie automobile américaine dans les pertes en 1979 (Chrysler frôle la faillite, Ford ne survit que grâce à ses activités européennes). Avec une part de marché domestique tombée à 1,83 %, American Motors conclut en octobre 1979 un accord avec Renault : injection de 150 millions de dollars en liquidités, 50 millions supplémentaires en lignes de crédit, et le droit de commencer à construire la Renault 5 à partir de 1982 — en échange de quoi Renault prend une participation initiale de 22,5 % du capital d'American Motors. Ce n'est pas la première collaboration entre les deux entreprises : dès le début des années 1960, faute de gamme prestige propre, Renault avait déjà assemblé des Rambler sous forme de kits CKD et les avait commercialisées en France.
1980 : le contrôle bascule sous la contrainte des banques
Malgré un bénéfice record de 83,9 millions de dollars annoncé pour l'exercice 1979 (sur fond pourtant de récession généralisée), les difficultés s'aggravent rapidement : la chute des ventes Jeep liée à la flambée du prix de l'essence pèse sur la trésorerie, et début 1980 les banques américaines refusent tout nouveau crédit à AMC. L'entreprise se tourne vers Renault pour un prêt de 90 millions de dollars, tandis que sa part de marché continue de s'effondrer (1,7 % en septembre 1980, ventes en recul de 19,1 % en novembre). AMC prévient alors ses actionnaires qu'un dépôt de bilan est possible en l'absence d'un plan permettant à Renault de monter jusqu'à 59 % du capital — plan que les actionnaires approuvent massivement le 16 décembre 1980, faisant du constructeur public français le principal actionnaire d'American Motors.
1981-1983 : la montée continue vers la majorité
Des cadres Renault prennent progressivement les rênes opérationnelles : Jean-Marc Lepeu (ex-trésorier de Renault) devient vice-président finances d'AMC ; en septembre 1981, José Dedeurwaerder, vétéran de vingt-trois ans chez Renault (essentiellement dans la production), devient vice-président exécutif chargé de la fabrication. En janvier 1982, W. Paul Tippett Jr. (déjà président d'AMC) remplace Gerald Meyers à la présidence du conseil et à la direction générale, Dedeurwaerder devenant président — Renault détient alors 46 % du capital. La participation grimpe à 49 % en 1983, marquant pour de nombreux observateurs de l'époque la fin de facto d'American Motors comme « véritable » constructeur américain indépendant. Cette montée en puissance capitalistique s'accompagne du lancement des premiers produits développés en commun (voir Les fruits de l'alliance - Renault Alliance/Encore et Jeep Cherokee XJ) et, côté français, d'une tentative avortée d'exporter aux États-Unis le tout nouveau monospace Renault Espace via ce même réseau de concessionnaires AMC (voir La tentative avortée d'exportation aux États-Unis via American Motors (1984-1987), dossier renault-espace/).
Voir aussi
- Site source
- en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- L'assassinat de Georges Besse et le rachat d'AMC par Chrysler (1986-1987)AMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer · Histoire et modèles
- La tentative avortée d'exportation aux États-Unis via American Motors (1984-1987)Renault Espace · Histoire et modèles
- Les fruits de l'alliance - Renault Alliance/Encore et Jeep Cherokee XJAMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer · Histoire et modèles
- De la dérive Abernethy au sursaut Chapin (1962-1970)AMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer · Histoire et modèles
- La Pacer, 1975-1980 : le succès éclair puis la chuteAMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer
- L'assassinat de Georges Besse et le rachat d'AMC par Chrysler (1986-1987)AMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer
- L'AMC Spirit (1979-1983), la Gremlin qui n'ose plus dire son nomAMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer
- Les fruits de l'alliance - Renault Alliance/Encore et Jeep Cherokee XJAMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer
- L'AMC Eagle (1979) : une Concord surélevée devient l'ancêtre du crossoverAMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer
- L'héritage industriel d'AMC chez Chrysler - équipes plateformes et « or caché »AMC American Motors Corporation — Gremlin & Pacer