L'assassinat de Georges Besse et le rachat d'AMC par Chrysler (1986-1987)
Renault au bord du gouffre, AMC en pleine tourmente sociale
En janvier 1985, le président de Renault Bernard Hanon — celui-là même qui avait porté l'investissement dans AMC depuis 1981 et fait de Renault un constructeur généraliste complet — est démis de ses fonctions par le gouvernement français à la suite de pertes considérables. Renault, qui avait occupé la première place des ventes en Europe entre 1980 et 1983, recule à la sixième position, déficitaire depuis 1981, frappée par des grèves fin 1984 et un contrôle des prix imposé par l'État français qui comprime ses marges sur son marché domestique.
Côté américain, la situation d'AMC se dégrade également : le SUV compact Jeep CJ-5 est retiré de la vente après un reportage à charge de l'émission 60 Minutes sur ses risques de retournement, et des rumeurs circulent sur des actes de sabotage sur les chaînes de Kenosha en représailles à des hausses de salaires non tenues. En avril 1985, W. Paul Tippett démissionne de la présidence d'AMC ; José Dedeurwaerder cumule alors présidence et direction générale. En octobre 1985, au Salon de Paris, Dedeurwaerder annonce l'importation prochaine du nouveau monospace Renault Espace — dont une tentative avortée d'adaptation au marché américain via le réseau AMC est documentée dans La tentative avortée d'exportation aux États-Unis via American Motors (1984-1987) (dossier renault-espace/) — ainsi que des projets d'importation de la sportive Alpine GTA.
Georges Besse, le « Cost Killer », et le 17 novembre 1986
C'est dans ce contexte que Georges Besse, ancien président de Pechiney puis de Produits Chimiques Ugine Kuhlmann, prend la présidence de Renault en remplacement de Hanon. Besse continue de défendre publiquement l'avenir nord-américain de Renault, mettant en avant la toute nouvelle usine de Bramalea (Ontario) — la plus moderne d'Amérique du Nord à l'époque — ainsi que le succès des nouveaux moteurs AMC 4,0 L et 2,5 L à injection (voir Les fruits de l'alliance - Renault Alliance/Encore et Jeep Cherokee XJ) et l'essor sans précédent des ventes Jeep. Tout semblait indiquer, selon Wikipédia, qu'American Motors était en voie de redevenir rentable.
Le 17 novembre 1986, Georges Besse est assassiné devant son domicile parisien par un commando du groupe clandestin d'extrême gauche Action Directe — un meurtre qui frappe une figure de tout premier plan du patronat français, en pleine période de tensions sociales liées aux restructurations industrielles menées en France en parallèle du sauvetage d'AMC. Le récit détaillé de cet épisode du point de vue de la marque Jeep, dont il scelle également le destin, figure dans Sept propriétaires en quatre-vingts ans : la saga actionnariale de la marque Jeep (dossier jeep-willys/) ; cette fiche se concentre ici sur ses conséquences directes pour American Motors elle-même.
Le désengagement précipité de Renault
Sous la pression de ses propres cadres dirigeants après la mort de Besse, le nouveau président de Renault Raymond Lévy entreprend de réparer les relations sociales en France et de se défaire au plus vite de l'investissement américain, jugé sans fond par la direction du groupe (Renault a perdu environ 700 millions de dollars sur 22 milliards de chiffre d'affaires aux États-Unis, pour une dette globale de 9 milliards de dollars en 1986). AMC enregistre elle-même une perte de 91,3 millions de dollars sur l'exercice 1986, sous la direction de Joseph E. Cappy, nommé président et directeur général le 23 mars 1986.
Chrysler rachète American Motors, le 9 mars 1987
Un accord de sous-traitance industrielle signé dès 1985 entre AMC et Chrysler (production à Kenosha de Dodge Diplomat, Plymouth Gran Fury, Dodge Omni et Plymouth Horizon, dans les capacités de production alors inoccupées d'AMC) avait déjà nourri des rumeurs de rachat. Le 9 mars 1987, Chrysler accepte de racheter la participation de Renault (46,1 % du capital) ainsi que la totalité des actions restantes, pour environ 1,5 milliard de dollars. Le président de Chrysler Lee Iacocca ne cache pas ses motivations, citées dans le Los Angeles Times du 10 mars 1987 : « Pour Chrysler, les attraits sont Jeep, la marque automobile la plus connue au monde ; une nouvelle usine d'assemblage à Bramalea, au Canada ; et un troisième réseau de distribution nous donnant accès à un marché plus large. » C'est en réalité le futur Jeep Grand Cherokee, alors en développement sous la direction de François Castaing, qui constitue selon plusieurs sources la véritable motivation industrielle du rachat — projet qui deviendra effectivement, après son lancement en 1992 sous pavillon Chrysler, l'un des plus grands succès commerciaux du groupe.
American Motors devient officiellement la division Jeep-Eagle de Chrysler le 25 août 1988, avant une fusion juridique complète le 29 mars 1990 — mettant fin à trente-trois ans d'existence indépendante d'un constructeur qui, selon le mot de l'ancien président de Chrysler Robert Lutz, se comportait comme « les Marines de Wake Island » : peu de ressources, un adversaire très supérieur, mais une succession de produits marquants malgré tout.
Voir aussi
- Site source
- en.wikipedia.org
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
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