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§ 01 · Histoire et modèles

La Bagheera U8 (M560), le huit-cylindres qui n'a jamais vu la série

Matra Bagheera · 1973–1980 · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Un projet contemporain de la Bagheera elle-même

Dans la nomenclature interne de Matra, les prototypes de compétition portent un numéro commençant par 6 (de la 620 à la 680 — voir Matra-Sports aux 24 Heures du Mans — trois victoires consécutives (1972-1974)), tandis que les projets civils portent un numéro commençant par 5. Le projet M560, contemporain du M550 qui donnera la Bagheera de série (voir Naissance de la Bagheera — du projet M550 au lancement du 14 avril 1973), en est un héritier indirect : dès 1969, un prototype de 530 à moteur V6 2,3 litres Ford avait été préparé par le motoriste britannique Weslake en vue d'une épreuve de compétition, avant d'être stoppé net par le grave accident du pilote Henri Pescarolo au volant d'une Matra 640 aux Hunaudières le 16 avril 1969. Le châssis de ce V6 fut ensuite recyclé pour recevoir un quatre-cylindres Chrysler 180, donnant le projet avorté « 540 » (voir La Matra 530, l'échec fondateur qui a rendu la Bagheera nécessaire). C'est cette lignée d'études de motorisation plus puissante que le M560 prolonge.

Un huit-cylindres en U bricolé à partir de deux quatre-cylindres

Face au constat que Simca ne dispose d'aucun moteur suffisamment puissant pour doter la Bagheera d'une version haut de gamme, l'ingénieur Georges Pinardaud, bras droit de Philippe Guédon, imagine une solution économique : accoler côte à côte, à un angle d'environ 80°, deux quatre-cylindres identiques issus de la banque d'organes Simca — l'un provenant de la 1100 Ti, l'autre de la Simca 1000 Rallye 2, tournant en sens inverse l'un de l'autre. Les deux vilebrequins sont reliés par des chaînes à maillons (initialement un système d'engrenages, jugé trop complexe et fragile, avait été envisagé) au travers d'un arbre central ; le moteur de droite porte la transmission (volant moteur, embrayage et boîte cinq rapports d'origine Porsche). L'ensemble forme un moteur en U de 2 588 cm³, alimenté par quatre carburateurs Weber double-corps, développant 168 ch DIN à 6 200 tr/min — certaines sources évoquant, sans que cette valeur soit confirmée par ailleurs, une puissance alternative de 183 ch à 6 600 tr/min.

Une carrosserie et un châssis fortement modifiés

Loger ce bloc imposant impose d'étirer sensiblement la Bagheera : la longueur passe de 3,97 m à 4,14 m et l'empattement de 2,37 m à 2,60 m par l'avancée des roues arrière motrices, tandis que la hauteur grimpe à 1,18 m (contre 1,07 m) du fait de roues plus grandes et d'une suspension rehaussée. Le poids augmente d'environ 20 %, dépassant 1 200 kg. D'imposantes fausses écopes de refroidissement dissimulent cet allongement de carrosserie. Pour encaisser la puissance supplémentaire, quatre freins à disque ventilés remplacent les disques d'origine, et la capacité du réservoir passe à 80 litres.

Une victime du premier choc pétrolier

Une fois fiabilisé, le prototype atteint une vitesse mesurée sur le circuit de Mortefontaine — 236 km/h selon carjager.com, 230 km/h selon lautomobileancienne.com — mais au prix d'une consommation jugée excessive : 28 litres aux 100 km selon carjager.com, 20 litres aux 100 km selon lautomobileancienne.com. Dans les deux cas, ce niveau de consommation s'avère politiquement et commercialement intenable au moment précis où éclatent, à quelques mois d'intervalle, le décrochage du dollar (août 1971), la guerre du Kippour et l'embargo pétrolier de l'OPEP (octobre 1973). Les financiers de Matra estiment par ailleurs qu'un tel modèle ne pourrait être vendu qu'entre 65 000 et 67 000 francs — près de trois fois le prix d'une Bagheera de base (autour de 25 000 à 26 000 francs selon les sources). Combiné à des soucis de fiabilité mécanique (rupture de vilebrequins liée à l'acyclisme de cette architecture inhabituelle), ce faisceau de raisons économiques et techniques scelle l'abandon du projet.

Deux prototypes, un seul survivant

Une maquette grandeur nature du projet M560 est présentée au public en juin 1973, dans la foulée du lancement de la Bagheera de série et de la victoire de Matra aux 24 Heures du Mans. Deux prototypes roulants sont assemblés, dont l'un parcourra plus de 15 000 km d'essais. Un seul exemplaire a survécu à ce jour ; il fait partie des collections du musée officiel de Matra à Romorantin-Lanthenay (voir L'Espace automobiles Matra, musée officiel de Romorantin-Lanthenay).

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Provenance de cette fiche
Site source
carjager.com, lautomobileancienne.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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