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§ 01 · Histoire et modèles

L'accord Matra-Simca de 1969, ou comment Matra a acheté un réseau commercial

Matra Bagheera · 1973–1980 · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Le vrai problème de Matra n'était pas technique

L'échec commercial de la 530 (voir La Matra 530, l'échec fondateur qui a rendu la Bagheera nécessaire) n'avait pas pour cause principale ses choix techniques, mais l'absence d'un réseau de concessionnaires digne de ce nom : la voiture avait dû se contenter du maigre réseau hérité de René Bonnet, Ford ayant renié sa promesse de diffusion via ses propres concessions. Or monter un réseau de vente en propre suppose des investissements que Jean-Luc Lagardère refuse absolument d'engager pour des volumes de production aussi faibles que ceux de Matra. En 1969, après avoir envisagé plusieurs partenaires potentiels, Lagardère change de stratégie : plutôt que de vendre seul une voiture différente, Matra va s'associer à un grand constructeur généraliste, dont elle empruntera à la fois la banque d'organes mécaniques et le réseau commercial, en échange d'une commercialisation sous un badge partagé.

Simca-Chrysler, le partenaire choisi

C'est avec Simca-Chrysler que l'accord est signé, en décembre 1969. Dans un premier temps, cette collaboration permet à Matra de faire distribuer sa 530 — rebaptisée 530 LX — par le réseau de concessionnaires Simca, résolvant enfin le problème commercial qui avait plombé le modèle depuis son lancement (voir La Matra 530, l'échec fondateur qui a rendu la Bagheera nécessaire). Mais l'accord vise surtout plus loin : il doit permettre à Matra de développer une remplaçante à la 530, cette fois pensée dès l'origine autour des contraintes et des ressources du groupe Simca.

Un cahier des charges dicté par le service commercial de Chrysler-France

Les responsables commerciaux de Chrysler-France imposent à Matra une cylindrée comprise entre 1 300 et 1 500 cm³ pour la future voiture, positionnement destiné à faire suite aux coupés Simca et CG de la même catégorie déjà présents sur le marché. Plusieurs études de motorisation sont envisagées et écartées avant d'aboutir à cette contrainte : un remplacement direct par un moteur Simca dans le compartiment moteur de la 530 elle-même s'avère impossible faute de place, une étude nommée M540 autour du moteur de la nouvelle Chrysler 180 reste au stade de la maquette. C'est finalement le groupe motopropulseur transversal le plus récent de la banque d'organes Simca — celui de la 1100, dans sa version alors en préparation pour la future Simca 1100 Ti (1 294 cm³, 84 ch DIN) — qui est retenu comme base du nouveau projet, baptisé en interne M550. Il deviendra la Bagheera (voir Naissance de la Bagheera — du projet M550 au lancement du 14 avril 1973).

Un lancement pensé pour exploiter enfin un vrai réseau

L'accord porte ses fruits dès la présentation commerciale de la Bagheera : pour la toute première fois de son histoire automobile, Matra dispose d'un réseau de vente digne de ce nom, et l'exploite immédiatement. Selon le journaliste Paul Clément-Collin (carjager.com), 500 exemplaires de la Bagheera sont fabriqués avant même sa présentation officielle du 14 avril 1973, afin d'être répartis d'emblée chez 500 concessionnaires du réseau Simca à travers la France — une mise en marché à une échelle que Matra n'aurait jamais pu financer seule. Le résultat commercial valide la stratégie : la première année pleine de commercialisation voit la Bagheera séduire plus de 11 000 clients, un score sans précédent pour un modèle Matra.

Une dépendance qui deviendra structurelle

Ce choix de 1969 scelle durablement le destin industriel de Matra : la marque n'aura plus, jusqu'à la fin de son histoire automobile, de réseau commercial propre, dépendant tour à tour de Simca, puis de Talbot après le rachat de Chrysler Europe par PSA (voir De Matra-Simca à Talbot-Matra — la Bagheera rattrapée par le rachat PSA), puis de Renault pour la commercialisation de l'Espace. Une dépendance qui explique à la fois les succès de la marque — Bagheera, puis Rancho (voir Le Matra-Simca Rancho, précurseur du SUV de loisirs (1977-1984)) profitant chacun à leur tour d'un réseau généraliste établi — et sa fragilité chronique face aux décisions capitalistiques de ses partenaires successifs.

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Provenance de cette fiche
Site source
sitematrarama.free.fr (André Dewael), motorlegend.com, carjager.com
Date d'extraction
12 sept. 2026
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