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§ 01 · Histoire et modèles

« Le grand moment professionnel de ma vie » — le témoignage de Philippe Guédon pour les 40 ans de l'Espace

Renault Espace · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Un entretien rare avec le « père du monospace »

Le 16 avril 2024, jour pour jour quarante ans après la sortie de la première Espace des chaînes de Romorantin, France 3 Centre-Val de Loire publie un entretien exceptionnel avec Philippe Guédon, alors âgé de 90 ans. Le journaliste Vincent Coste souligne d'emblée la rareté de cette prise de parole : l'ancien PDG de Matra Automobile, crédité par l'ensemble des sources de ce corpus comme le père du monospace (voir Philippe Guédon, l'ingénieur derrière la 530, la Bagheera et l'Espace), s'exprime peu publiquement. L'entretien se déroule en partie dans les locaux du Conservatoire Philippe Guédon, à Gièvres (Loir-et-Cher) — voir Le Conservatoire Philippe Guédon à Gièvres, second lieu de mémoire distinct du musée de Romorantin pour la présentation de ce lieu, distinct du musée officiel Matra de Romorantin.

La genèse américaine, racontée à la première personne

Guédon revient sur l'anecdote fondatrice de 1978, lors d'un voyage d'étude aux États-Unis organisé par Jean-Luc Lagardère : la rencontre avec un ingénieur américain qui partait à la pêche le week-end avec son fils dans un van aménagé, et le désir de transposer cette idée à l'échelle européenne sans pour autant importer un van américain jugé trop imposant (voir La genèse chez Matra — du voyage américain de Guédon aux prototypes P16/P17/P18 pour le texte intégral de cette version de l'anecdote, comparée à celle recueillie vingt ans plus tôt par Motorlegend).

Le contrat initial et le vertige des chiffres

Guédon livre des chiffres précis sur l'ampleur prise par le projet au regard de ses prévisions initiales : le contrat signé avec Renault ne prévoyait qu'une capacité de 45 voitures par jour ; la cadence atteindra en réalité jusqu'à 360 véhicules quotidiens au plus fort de la production. Au total, en incluant les trois générations fabriquées par Matra, ce sont 874 242 exemplaires qui sortiront des chaînes de Romorantin — un chiffre qui recoupe exactement celui établi indépendamment par Motorlegend et par le musée officiel Matra (voir Bilan de Matra Automobile — de la Djet à l'Avantime, un million de voitures). Guédon conclut, non sans une fierté assumée : « Je n'ai pas eu de succès équivalent avant et je n'en ai pas eu après. »

Une explication récurrente du succès, formulée depuis des décennies

Interrogé sur les raisons du succès de l'Espace, Guédon reprend une formule qu'il avait déjà employée dans des interviews antérieures (voir « La voiture à vivre » — le slogan de 1987 et la théorie du cocooning selon Guédon) : « L'Espace, elle est choisie par les enfants, payée par le père et en général conduite par la mère. » Il la nuance aussitôt : « C'est évidemment une caricature. Mais je pense que ça veut dire une chose, c'est un véhicule qui s'insérait bien dans la manière de vivre des gens. » Il resitue ce succès dans un contexte plus large de désaffection progressive du public pour les thèmes classiques de l'automobile — vitesse, accélération —, un basculement sociétal qu'il dit avoir observé se confirmer par la suite.

Un regard sans complaisance sur la fin de l'aventure

Guédon ne dissimule pas son jugement critique sur la décision de Renault de rapatrier la production de l'Espace IV à Sandouville en 2002 (voir La fin de Matra Automobile — l'Avantime, Romorantin et les 2 000 emplois perdus (2002-2003)) : Renault espérait une demande croissante que, selon lui, les faits n'ont jamais confirmée par rapport aux volumes atteints du temps de Matra.

Le regard sur les clubs de passionnés

Interrogé sur la communauté de propriétaires actuelle (voir Passion Espace Club — la communauté française de référence, tous modèles et générations), Guédon salue, non sans un certain amusement, la qualité d'entretien des véhicules de collection qu'il observe dans les clubs européens, au point de se demander « si elles ne sont pas mieux [entretenues] que lorsqu'elles sont sorties d'usine » — un phénomène corroboré par les prix de plus de 10 000 € déjà observés sur le marché de l'occasion pour des exemplaires d'exception dès 2024 (voir La cote de l'Espace I sur le marché de la collection — du mini-TGV à 2 500 € aux exemplaires d'exception).

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
france3-regions.franceinfo.fr (Vincent Coste, 16/04/2024)
Date d'extraction
12 sept. 2026
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