Clio Williams (1993-1996) — de la série limitée hommage à la F1 au succès qui dépasse toutes les prévisions
Un hommage au titre mondial de Williams-Renault, une nécessité technique pour le rallye
La Clio Williams naît en 1993 de la rencontre entre deux logiques distinctes. D'un côté, un objectif commercial et sportif : célébrer les succès de l'écurie Williams, alors motorisée par Renault en Formule 1 — l'écurie décroche justement en 1993 son quatrième titre mondial pilotes avec Alain Prost, un an après le sacre constructeur obtenu en 1992 avec Nigel Mansell au volant. De l'autre, une contrainte réglementaire bien plus terre-à-terre : pour engager la Clio en catégorie 2 litres en rallye (Groupes A et N), Renault a besoin d'homologuer un moteur de deux litres sur la petite citadine, ce qui impose la production d'un minimum de 2 500 exemplaires civils. Renault choisit de faire d'une pierre deux coups en associant les deux logiques dans un seul modèle, baptisé du nom du partenaire des victoires de Renault Sport en Formule 1. Le slogan publicitaire d'époque résume l'esprit de cette association : « Vous pouvez rougir de honte, verdir de rage, mais c'est à une Clio que Frank Williams a donné son nom. »
Ce principe consistant à célébrer un titre de champion du monde de Formule 1 obtenu grâce au moteur Renault en déclinant une série spéciale sportive sur la citadine du moment se reproduira près de vingt ans plus tard avec la Clio RS liée à Red Bull Racing (voir Genèse et lancement de la Clio IV — le virage du downsizing (2012)).
Présentée en Corse, vendue dès avril 1993
La Clio Williams fait sa première mondiale au Salon de Genève en mars 1993, avant une présentation presse au Tour de Corse en mai de la même année — un choix de lieu hautement symbolique pour une voiture conçue en vue de l'homologation rallye. La commercialisation démarre dès avril 1993, au tarif de 129 500 F.
Une base Clio 16S élargie et personnalisée
Techniquement dérivée de la Clio 16S (voir Clio 16S (1991) — la première petite sportive Renault Sport de la lignée), la Williams en reprend l'ensemble des pièces de carrosserie mais se distingue par une teinte Bleu Sport nacré (code 449) exclusive, des jantes Speedline dorées à bord argenté, des ailes et un capot légèrement bombés pour loger le train avant élargi (+34 mm à l'avant, grâce à la reprise des triangles inférieurs de la Renault 19 16S), et de multiples rappels dorés (« Williams » sur les flancs et le hayon, monogramme « 2.0 » sur les ailes avant). À l'intérieur, sièges baquets en velours brodés d'un « W », plage arrière reprise de la Baccara avec housse intégrée, et — détail qui deviendra la signature du modèle — une petite plaque de laiton numérotée rivetée au tableau de bord pour la première série.
Un moteur né… diesel
Anecdote technique révélatrice de l'ingénierie Renault de l'époque : le bloc fonte « moteur F » qui sert de base à la Williams est initialement un moteur diesel, conçu pour les Renault 9 et 11, avant qu'une version essence n'en soit dérivée. Pour porter la Clio à la cylindrée de 2 litres nécessaire à l'homologation, Renault Sport alèse et allonge la course du bloc F7P (1 764 cm³) de la 16S jusqu'à la limite haute que ce bloc peut supporter, donnant le F7R (1 998 cm³, alésage × course 82,7 × 93 mm). Le vilebrequin, plus robuste, est repris de la version Diesel ; la culasse est trempée et résinée, les conduits d'admission polis, les soupapes agrandies et refroidies au sodium. Résultat homologué : 150 ch DIN à 6 100 tr/min et 18,2 mkg de couple à 4 500 tr/min — un gain jugé modeste (13 ch) par rapport à la 16V catalysée, la priorité ayant été donnée à la simplicité, à la fiabilité et à la rapidité d'obtention de l'homologation plutôt qu'à la course à la puissance pure. Ce même bloc 2,0 litres 16 soupapes sera repris par la suite sur le coupé Mégane et le Spider Renault Sport.
Trois séries qui pulvérisent l'objectif initial
C'est ici que l'histoire de la Clio Williams bascule du simple modèle homologué au phénomène commercial. Le volume de production initialement retenu n'était que de 3 800 exemplaires — un chiffre suffisant pour couvrir largement le minimum réglementaire de 2 500 unités tout en conservant un statut de série limitée exclusive. Face à un engouement immédiat et largement supérieur aux attentes, Renault prolonge la production à trois reprises :
- Phase 1 (1993-1994) : la série numérotée d'origine, considérée aujourd'hui comme la version « collector ». Elle totalise 5 417 exemplaires selon le décompte détaillé d'automobile-sportive.com (Wikipédia évoque de son côté un chiffre initial de 4 500 unités prévues puis une extension de 2 500 supplémentaires — un écart de méthode entre sources, documenté dans le fichier de vérification croisée de ce dossier).
- Phase 2 (1994-1995) : accompagne le restylage général de la gamme Clio (nouvelle calandre à baguette peinte, nouveaux feux arrière, rétroviseurs plus grands) et n'est plus vendue en série numérotée — sauf sur certains marchés export (Italie) ou à la demande expresse du client. Elle totalise 5 065 exemplaires. C'est à cette occasion que la Clio Williams s'exporte pour la première fois hors d'Europe, notamment au Japon et en Argentine.
- « Williams 3 » (1995, export uniquement) : dernière série, réservée aux marchés hors de France, à la teinte Bleu Méthyl métallisé (code 432, plus proche du violet) qui remplace le Bleu Sport d'origine. Elle comprend 1 618 exemplaires, dont l'édition suisse « Swiss Champion » (500 exemplaires numérotés de 1 à 500), qui célèbre la victoire de Daniel Hadorn au championnat national de rallye suisse sur Clio Groupe N. Cette dernière série se distingue par un volant sport exclusif, un autoradio-CD Sony à six haut-parleurs avec commandes au volant et une plage arrière bleue à haut-parleurs intégrés.
Total cumulé : 12 100 exemplaires — soit plus de trois fois l'objectif de départ, pour un modèle conçu à l'origine comme une série strictement limitée. La production s'arrête en décembre 1995, les nouvelles normes antipollution ne permettant plus de maintenir le moteur F7R au catalogue en l'état ; l'écoulement du stock se poursuit jusqu'au début de l'année 1996.
Sur la route : un compromis salué, y compris par la presse spécialisée
Malgré un moteur jugé quelque peu bridé (limiteur à 6 500 tr/min, soit 500 tours de moins que sur la 16S) et une boîte de vitesses au maniement peu incisif, la Williams surprend par son confort et sa motricité, portés par le châssis élargi hérité de la Renault 19 16S. Ce compromis entre performance et agrément explique en grande partie l'engouement commercial qui a contraint Renault à revoir ses plans de production à trois reprises.
Une valeur de collection aujourd'hui
Les Clio Williams numérotées de phase 1, aujourd'hui entrées dans le monde de la collection youngtimer, s'échangent difficilement en dessous de 10 000 € et peuvent approcher le double pour un exemplaire d'état concours (voir Cote et conseils d'achat — Renault Clio Williams).
Voir aussi
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- Site source
- automobile-sportive.com (+ recoupements fr.wikipedia.org, planeterenault.com)
- Date d'extraction
- 13 sept. 2026
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