Océane et Plein Ciel, les coupés-cabriolets Facel de l'Aronde (1956-1962)
« Je vends mes voitures aux plus jolies femmes de Paris »
Cette formule, revendiquée par Henri Pigozzi lui-même, résume la stratégie marketing du cabriolet Océane et du coupé Plein Ciel : des modèles d'agrément au design élégant, prioritairement destinés à une clientèle féminine. Ils occupent une place de choix dans l'exposition « La femme et sa voiture », organisée aux Galeries Lafayette et inaugurée par Pigozzi en personne — une première du genre dans l'automobile française, qui obtient un retentissement certain dans la presse féminine. Simca confie également leur promotion à quelques célébrités masculines, dont le boxeur Alphonse Halimi, champion du monde, photographié au volant d'une Océane et déclarant : « Cette voiture me plaît, elle a du punch ! » — une sportivité pourtant loin d'être la première qualité du modèle.
Des héritiers du Coupé de Ville et du Week-End
Dévoilés au Salon de Paris 1956, le cabriolet Océane et le coupé Plein Ciel — nom curieux pour un coupé, qui aurait mieux convenu au cabriolet — succèdent au Coupé de Ville (apparu en 1954) et au cabriolet Week-End (lancé l'année suivante). Comme leurs prédécesseurs, ils sont construits par le carrossier Facel (également connu pour ses propres automobiles de prestige, les Facel Vega), et seront produits sur une période à cheval sur la fin de carrière de l'Aronde et le début de celle de la P60 (voir La gamme Aronde — carrosseries et finitions (1951-1958) et L'Aronde P60, dernière génération (1958-1963)).
Une rupture stylistique : du style italien au style américain
Océane et Plein Ciel marquent une rupture nette dans la généalogie des coupés et cabriolets Simca : après le style italien des deux premières générations, place au design américain. Ce changement de cap, conforme à la mode du temps, reflète aussi la fascination d'Henri Pigozzi pour l'Amérique — déjà perceptible dans les Aronde Grand Large et leurs dérivés (berlines deux portes sans montant façon « hardtop »), dans la Vedette Marly (premier break français à l'américaine, voir Le rachat de Ford France et la Vedette Versailles (1954)) et dans les livrées bicolores aux teintes éclatantes — toutes « voitures pimpantes », comme les qualifiait le fondateur de la marque lui-même.
L'Océane, ligne allongée et tendue lorgnant clairement vers Dearborn, est parfois qualifiée de « petite Thunderbird à la française », dans le même esprit que l'Auto Union 1000 SP pour l'Allemagne. Sa calandre grillagée en aluminium poli (dont le dessin a été modifié au dernier moment avant la présentation), ses ailerons — timides mais bien présents — et ses clignotants encastrés dans les ailes avant confirment cette inspiration.
Le pare-brise panoramique, plus spectaculaire que pratique
Le trait le plus spectaculaire de ce tropisme américain reste l'immense pare-brise panoramique, déjà monté sur les Facel Vega. Simca en vante « la luminosité exceptionnelle » et une « vision totale comparable à celle du cockpit des avions modernes ». La réalité est nettement plus contrastée : son cintrage prononcé déforme la vision latérale, un défaut aggravé par temps de pluie puisque les essuie-glaces ne peuvent balayer les zones les plus courbes. Ce pare-brise « mange » également les portières, rendant l'accès à bord acrobatique : sur le coupé Plein Ciel, seulement 58 centimètres séparent les montants de la vitre arrière fixe.
Motorisation et évolutions
Océane et Plein Ciel reçoivent d'abord le 1300 cm³ Flash Spécial de l'Aronde Montlhéry (57 ch, bloc à trois paliers). Fin 1960 arrive le nouveau quatre cylindres cinq paliers de la P60, sous la forme du Rush Super (62 ch à 5200 tr/min), bientôt remplacé par le Super M (70 ch à 5900 tr/min) qui les motorisera jusqu'en fin de carrière. Ainsi motorisées, elles parcourent le kilomètre départ arrêté en 42 secondes et dépassent 140 km/h — des performances proches du cabriolet Peugeot 403 1,5 litre, insuffisantes toutefois pour en faire de véritables sportives.
En octobre 1958, un léger lifting élargit la calandre et relève les pare-chocs (dans l'esprit de la Ford Thunderbird 1957), avec quelques retouches aux feux arrière et au pavillon du coupé (relevé, lunette agrandie). Un an plus tard, pour réduire un prix de vente jugé excessif, Simca introduit des versions « S » simplifiées, identifiables à leurs pièces de carrosserie empruntées à la P60 (pare-chocs droits, clignotants, feux arrière) et à une sellerie simili remplaçant le cuir ; le niveau de finition antérieur subsiste sous l'appellation Grand Carrossier, avant de disparaître l'année suivante.
La fin, face à la Floride
Ces évolutions tardives, destinées à relancer des ventes restées modestes, ne suffisent pas face à la rude concurrence de la Renault Floride. L'Océane et la Plein Ciel tirent leur révérence en juillet 1962, cédant la place à un coupé dérivé de la Simca 1000 — voir La Simca 1000 et ses coupés Bertone (1961-1971).
Voir aussi
- Site source
- motorlegend.com
- Auteur du site
- Gilles Bonnafous (motorlegend.com)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- L'Aronde P60, dernière génération (1958-1963)Simca Aronde · Histoire et modèles
- Le rachat de Ford France et la Vedette Versailles (1954)Simca Aronde · Histoire et modèles
- La Simca 1000 et ses coupés Bertone (1961-1971)Simca Aronde · Histoire et modèles
- La gamme Aronde — carrosseries et finitions (1951-1958)Simca Aronde · Histoire et modèles