La fondation de Simca — de la SAFAF à l'usine de Nanterre (1926-1938)
D'Agnelli à Pigozzi : la SAFAF (1926)
Avant d'exister sous son propre nom, ce qui deviendra Simca fut d'abord une émanation commerciale de Fiat. En 1926, Giovanni Agnelli, l'un des fondateurs du constructeur turinois, réorganise l'implantation de Fiat en France en créant la SAFAF (Société Anonyme Française des Automobiles Fiat), chargée d'importer puis de construire partiellement des Fiat sur le sol français. Pour la forme, c'est Ernest Loste — jusque-là importateur Fiat en France — qui en prend la présidence, mais l'homme de confiance d'Agnelli est un jeune Italien de Turin arrivé en France dans les années 1920, ancien ferrailleur devenu distributeur Fiat : Enrico Teodoro Pigozzi, qui francisera son nom en Henri Théodore Pigozzi et prend le titre de directeur général.
La création de la SIMCA (fin 1934)
Le protectionnisme douanier des années 1930 renchérit fortement le coût des Fiat importées, rendant les prix non compétitifs sur le marché français. Pigozzi propose alors de fabriquer entièrement en France plutôt que d'importer. Il fonde à cette fin, fin 1934, la Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile (SIMCA) et rachète les usines de la société automobile Donnet-Zedel, alors en faillite, à Nanterre — un site industriel moderne qui restera le berceau de la marque jusqu'en 1961. Courant 1935, Pigozzi, jusque-là directeur général de la SAFAF, prend la direction générale de la nouvelle SIMCA.
Selon le récit du blog Simca 5 fgb, la production des tout premiers modèles badgés SIMCA aurait en réalité commencé dès juillet 1934 (avant même la constitution officielle de la société fin 1934), directement dans la continuité de l'activité de la SAFAF — une articulation chronologique resserrée qui illustre combien la bascule de la SAFAF vers la SIMCA fut, dans les faits, progressive plutôt que brutale.
Les premiers modèles : des Fiat françaises
Les toutes premières voitures sorties de Nanterre sont des Fiat sous licence, badgées « Simca licence Fiat » (le suffixe « Fiat » ne disparaîtra de l'appellation qu'en 1938) :
- La 6 CV F (« F » pour française), dérivée de la populaire Fiat 508 Balilla — une 2ᵉ série entièrement produite par la SIMCA à partir de 1934/1935, la 1ʳᵉ série ayant été lancée par la SAFAF dès le 18 septembre 1932. Production arrêtée en 1937.
- La 11 CV F, version tricolore de la Fiat 518 Ardita, dont la production avait également débuté du temps de la SAFAF (juin 1934). Arrêtée en 1937 également.
Sur le plan commercial, la gamme des 6 CV rencontre un net succès grâce à son caractère économique et à des qualités techniques rares pour l'époque (freins hydrauliques, caisses de berline sans montant central facilitant l'accès), tandis que la gamme des 11 CV peine davantage face à une concurrence plus dense sur ce segment. La gamme 6 CV s'enrichit d'un cabriolet et d'un élégant roadster Sport à moteur culbuté, dessiné par le carrossier italien Ghia.
L'émancipation progressive vis-à-vis de Fiat (1936-1939)
Devenu en quelques années l'un des principaux constructeurs automobiles français alors qu'il n'a que 38 ans, Pigozzi engage la marque sur la voie de l'autonomie stylistique et technique :
- 1936 : lancement de la Simca 5, équivalent français de la Fiat 500 Topolino — voir La Simca 5, version française de la Fiat 500 Topolino (1936-1949).
- 1937 : lancement de la Simca 8, réplique de la nouvelle Fiat Ballila 1100, motorisée par un 4 cylindres à soupapes en tête. Pigozzi organise plusieurs records de vitesse et d'endurance à Montlhéry pour la faire connaître (10 000 km à 115 km/h de moyenne pour moins de 8 L/100 km de consommation).
- 1938 : lancement du coupé Huit, premier modèle de Nanterre dont la carrosserie ne dérive d'aucune Fiat. Le suffixe « Fiat » disparaît des modèles la même année. L'écusson de la marque abandonne définitivement toute référence à Fiat au profit d'une hirondelle — allusion à la sobriété de consommation des Simca (« appétit d'oiseau »).
- Dans le même temps, le pilote-préparateur Amédée Gordini commence à transformer des Simca pour la compétition — voir Amédée Gordini et la compétition Simca (1935-1951).
La Seconde Guerre mondiale
Réquisitionnée par l'armée allemande, l'usine de Nanterre produit pendant l'Occupation des Simca 5 destinées au front de l'Est ainsi que diverses pièces mécaniques, dont des patins pour chenilles de char. Dès la Libération de Paris, l'activité bascule au service des Alliés : l'usine se consacre notamment à la réparation des moteurs de Jeep. Simca traverse la guerre sans dommages matériels majeurs, ce qui lui permettra une reprise de production plus rapide que plusieurs concurrents dont les usines avaient été détruites ou lourdement endommagées.
D'une Fiat française à un vrai constructeur
Les Simca 5 et 8, quasiment inchangées, retrouvent les chaînes de Nanterre dès la sortie de la guerre. Au Salon de Paris 1947, la Simca 6 (évolution stylistique de la 5) épaule cette dernière — voir La Simca 6, évolution indépendante de la Simca 5 (1947-1950) — avant que la Huit 1200 ne fasse figure de modèle de transition en 1950, l'année précédant le lancement de l'Aronde. C'est avec l'Aronde, en 1951, première Simca entièrement autonome vis-à-vis de Fiat, que Pigozzi réalisera pleinement l'ambition affichée dès la fondation de la marque : devenir un « vrai constructeur français ». Voir La genèse de la Simca Aronde (1948-1954).
Voir aussi
- Site source
- simca5fgb.unblog.fr
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- La Simca 5, version française de la Fiat 500 Topolino (1936-1949)Simca Aronde · Histoire et modèles
- Amédée Gordini et la compétition Simca (1935-1951)Simca Aronde · Histoire et modèles
- La genèse de la Simca Aronde (1948-1954)Simca Aronde · Histoire et modèles
- Histoire générale de Simca (1934-1980)Simca Aronde · Histoire et modèles
- La Simca 6, évolution indépendante de la Simca 5 (1947-1950)Simca Aronde · Histoire et modèles
- La Simca 8 — la version française sous licence, dès 1937Fiat 1100 (1937-1969 en Italie, bien au-delà à l'export/sous licence)
- Amédée Gordini et la compétition Simca (1935-1951)Simca Aronde
- PSA, Talbot et la disparition du nom Simca (1978-1986)Simca Aronde
- Le rachat progressif de Simca par Chrysler (1958-1970)Simca Aronde
- Histoire générale de Simca (1934-1980)Simca Aronde
- La genèse de la Simca Aronde (1948-1954)Simca Aronde
- La Simca 5, version française de la Fiat 500 Topolino (1936-1949)Simca Aronde
- La Simca 6, évolution indépendante de la Simca 5 (1947-1950)Simca Aronde