La CX et les États-Unis (1974-1981) — quand la hauteur variable devenait hors-la-loi
Le dossier Production, usines et exportations de la CX mentionne la fermeture officielle du marché américain à la CX. Un long témoignage publié par citroenvie.com — signé Robert Boston, qui deviendra plus tard lui-même importateur privé de la voiture aux États-Unis (voir CINA, CXA et Trend Imports — l'épopée des importateurs privés de la CX aux États-Unis) — permet de reconstituer précisément pourquoi, et comment, Citroën a dû renoncer à ce marché au moment même où la CX aurait pu y faire ses preuves.
Une réglementation rédigée pour exclure, de facto, la suspension hydropneumatique
Au moment du rachat de Citroën par Peugeot en 1974, des études d'ingénierie sont déjà engagées pour amener la CX aux normes américaines. Mais une réglementation fédérale entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 1974, relative aux pare-chocs capables d'absorber un choc à 5 mph (environ 8 km/h) sans dommage, est rédigée de telle sorte que la hauteur des pare-chocs doit rester strictement constante — sans aucune exception prévue pour un véhicule dont la garde au sol varie en fonctionnement normal. Or la suspension hydropneumatique à hauteur pilotée, cœur de l'identité technique de la CX depuis son lancement (voir La suspension hydropneumatique de la CX — principe de fonctionnement et place dans la lignée Citroën), rend cette hauteur intrinsèquement variable : le texte réglementaire rend donc, sans le viser nommément, ce principe de suspension quasiment inapplicable à un véhicule vendu neuf aux États-Unis.
La portée de cette contrainte dépasse d'ailleurs largement le seul cas Citroën : même Mercedes-Benz, malgré l'influence de son lobby auprès du Congrès américain, doit désactiver purement et simplement la fonction de correction de hauteur sur les berlines Classe S (W116) et les breaks (S123) destinées au marché américain de cette période, faute de pouvoir faire lever l'exigence.
1975 : René France sommé de fermer boutique
Malgré cet obstacle réglementaire, Citroën ne baisse pas immédiatement les bras : en 1975, plusieurs CX Diesel circulent aux États-Unis dans le cadre d'un travail engagé avec les autorités fédérales pour faire homologuer la voiture au regard des normes d'émissions, d'éclairage et de sécurité. René France, alors directeur de la filiale Citroën Cars Corporation USA, se dit confiant dans l'aboutissement de cette démarche — avant d'être brutalement convoqué à Paris et informé que la filiale nord-américaine de la marque cesserait toute activité le 5 décembre 1975. La raison la plus généralement avancée est d'ordre stratégique plutôt que technique : la direction Peugeot aurait jugé sa propre 604 mieux positionnée pour affronter la concurrence de Volvo, BMW, Jaguar, Mercedes-Benz et Saab sur ce segment, rendant à ses yeux superflu le maintien en parallèle d'une gamme Citroën dans ce même marché.
1981 : la contrainte réglementaire finit par être levée
Il faut attendre 1981 pour que l'exigence de hauteur de pare-chocs constante, comme l'obligation d'absorption à 5 mph elle-même, échoue à une analyse coût-bénéfice fédérale et soit abrogée — rouvrant enfin la porte, sur le plan strictement réglementaire, à une commercialisation de la CX aux États-Unis. Mais Citroën, désormais pleinement intégré au groupe PSA, n'a plus l'intention d'y revenir officiellement : ce sera à une poignée d'importateurs privés indépendants de tenter l'aventure dans les années qui suivent (voir le détail de leurs tentatives, succès et déconvenues dans CINA, CXA et Trend Imports — l'épopée des importateurs privés de la CX aux États-Unis).
Une présence informelle jamais totalement interrompue
Tout au long de cette période de fermeture officielle, la CX ne disparaît pas complètement du sol américain : les diplomates en poste, protégés par leur immunité vis-à-vis des réglementations du pays hôte, ainsi que les touristes étrangers bénéficiant d'une exemption d'usage personnel temporaire, continuent d'y faire circuler leurs propres exemplaires — une présence marginale mais réelle, qui explique la persistance de quelques CX « intouchables » sur le sol américain durant toute la décennie 1975-1981.
Voir aussi
- CINA, CXA et Trend Imports — l'épopée des importateurs privés de la CX aux États-Unis · Production, usines et exportations de la CX · La suspension hydropneumatique de la CX — principe de fonctionnement et place dans la lignée Citroën · Fin de carrière et héritage — de la XM aux concept-cars Eole, C6 et CXperience
- Site source
- citroenvie.com (crawl direct du navigateur, article de Robert Boston + commentaires)
- Date d'extraction
- 12 sept. 2026
- CINA, CXA et Trend Imports — l'épopée des importateurs privés de la CX aux États-UnisCitroën CX · Histoire et modèles
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