L'épopée sportive de la Renault 5 Turbo — Groupe 4, Groupe B et Coupe Renault 5 Turbo
Conçue dès l'origine pour l'homologation sportive (voir Renault 5 Turbo — genèse et versions routières (Turbo 1 et Turbo 2)), la Renault 5 Turbo va connaître une décennie de compétition aussi brillante que compacte, avant de céder la place aux 4×4 du Groupe B.
Les débuts (1979-1980) : les ratés avant la gloire
La voiture fait ses grands débuts au Tour d'Italie 1979, confiée à Guy Fréquelin (avec Jean-Marc Andrié comme copilote) : la R5 Turbo y décroche un meilleur temps scratch dès sa première sortie, avant d'être trahie par une casse moteur. Au Tour de Corse 1980, pilotée cette fois par Jean Ragnotti, elle se montre intraitable face à la concurrence mais est de nouveau victime d'une défaillance mécanique — Bruno Saby, sur une autre R5 Turbo, y décroche malgré tout une 4ᵉ place, premiers points mondiaux de la voiture.
Janvier 1981 : la consécration à Monte-Carlo
Pour sa troisième sortie officielle, la R5 Turbo Groupe 4 de Jean Ragnotti et Jean-Marc Andrié s'aligne au départ du Rallye Monte-Carlo 1981 : 925 kg pour 250 ch, face à des concurrentes historiques (Fiat 131 Abarth, Ford Escort, Opel Manta, Porsche 911) et à une nouveauté technologique majeure, l'Audi Quattro à transmission intégrale de Hannu Mikkola et Michèle Mouton. L'épreuve compte 32 spéciales pour plus de 750 km chronométrés.
L'Audi de Mikkola domine les premiers secteurs, gagnant jusqu'à 3 secondes au kilomètre sur ses adversaires, avant de percuter un petit pont et de perdre plus d'un quart d'heure. Jean-Luc Thérier (Porsche) prend alors la tête devant Fréquelin et Ragnotti, dans un mémorable trio 100 % français. Sur le col du Turini, lors de la dernière étape, la Porsche de Thérier glisse sur une plaque de neige déposée par des spectateurs et sort de la route. Jean Ragnotti hérite de la victoire, avec près de trois minutes d'avance sur Guy Fréquelin (Talbot Sunbeam Lotus) — la toute première victoire internationale majeure pour la R5 Turbo, et l'acte de naissance de la légende « Jeannot ». Cette édition marque aussi l'irruption de la transmission intégrale au premier plan mondial, prémices de la révolution technique que le Groupe B généralisera dès 1982.
Plus tard dans la saison 1981, Bruno Saby enchaîne les succès nationaux au volant de la R5 Turbo : victoires à Lyon-Charbonnières, au rallye de Lorraine et au rallye du Mont-Blanc, qui lui valent le titre de Champion de France des rallyes.
1982 : le Tour de Corse et le premier titre national
La saison suivante, toujours avec Jean Ragnotti, la R5 Turbo remporte le Tour de Corse 1982. Renault donne alors la priorité à son engagement en Formule 1 et ne poursuit pas d'engagement officiel complet en championnat du monde des rallyes avec la R5 Turbo ; une structure autonome est créée pour maintenir la voiture en championnats nationaux, épaulée par un véritable service compétition-clients qui commercialisera plus de 350 R5 Turbo de course.
Jean-Luc Thérier est sacré Champion de France des rallyes 1982 sur R5 Turbo, la voiture s'imposant également aux 1000 Pistes (Thérier), réalisant un triplé à l'Alpin-Jean Behra (Thérier, Saby, Ragnotti) et remportant le rallye Terre de Provence avec François Chatriot — alors à ses débuts — ainsi qu'un quadruplé (quatre premières places) au rallye du Var.
1983-1984 : le passage au Groupe B
La réglementation Groupe B, entrée en vigueur en 1982-1983, fait évoluer la R5 Turbo vers une version « Tour de Corse » plus puissante (jusqu'à 240-285 ch selon les sources, une vingtaine d'exemplaires construits pour l'homologation), qui succède à la version « Cévennes » de Groupe 4 (185-200 ch, également une vingtaine d'exemplaires). En 1984, Jean Ragnotti est sacré Champion de France des rallyes.
1985 : la Maxi Turbo et la dernière victoire mondiale
Face à la montée en puissance des 4×4 (Audi Quattro, puis Peugeot 205 Turbo 16), Renault développe la Maxi Turbo : moteur porté à 1 527 cm³, jusqu'à 350 ch à 6 500 tr/min, poids contenu à environ 900 kg, freins à quatre disques ventilés à étriers 4 pistons — un rapport poids/puissance alors comparé à celui d'une monoplace de Formule 1 de l'époque, qui en fait la voiture à deux roues motrices la plus rapide des rallyes de son temps. Jean Ragnotti offre à la Maxi Turbo sa première victoire mondiale dès sa sortie, au Tour de Corse 1985 — troisième et dernier succès mondial de « Jeannot » au volant d'une R5 Turbo (Monte-Carlo 1981, Tour de Corse 1982 et 1985).
La Coupe Renault 5 Turbo (1981-1987)
Le 5 avril 1981, sur le circuit d'Hockenheim en Allemagne, Renault lance la Coupe Renault 5 Turbo, un monotype couru en lever de rideau des Grands Prix de Formule 1 et des 24 Heures du Mans — douze épreuves dès sa première saison, sur les circuits les plus prestigieux d'Europe. Cette vitrine contribue fortement à la notoriété internationale de la voiture ; le pilote allemand Walter Röhrl y participe en 1984. À partir de 1985, la Coupe passe à la Maxi Turbo : Jean-Louis Bousquet y remporte les deux dernières courses de la saison, récidive en 1986. En 1987, la puissance gagne encore 30 ch et Erik Comas remplace Jean Ragnotti au sein de l'écurie officielle : il s'impose à six reprises sur douze épreuves et décroche le titre de Champion de France Superproduction devant des Audi, Porsche, BMW et Peugeot. Au terme de cette saison, la Renault 5 Maxi Turbo cède sa place à la Renault 21 Turbo 4×4 dans le monotype Renault.
Des pilotes devenus célèbres
Entre 1981 et 1987, la R5 Turbo aura servi de tremplin à de nombreux pilotes, certains alors inconnus : Carlos Sainz y dispute ses débuts en compétition (Renault 5 TS puis Turbo, 1982-1983, avant de remporter Coupe et Formule Renault, puis de devenir plus tard, en WRC, l'un des grands champions du sport, coéquipier de Sébastien Loeb chez Citroën en 2003-2004), tout comme Didier Auriol, Dany Snobeck, ou encore Alain Serpaggi (pilote d'essais Alpine puis Renault Sport, auteur du plus grand kilométrage de développement de la voiture, Champion de France des rallyes 2ᵉ division 1985 sur la version « Tour de Corse »).
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- Site source
- motorlegend.com (+ recoupements fr.wikipedia.org, leblogauto.com, clubit5.org)
- Auteur du site
- Gilles Bonnafous (motorlegend.com, article du 27/10/2005)
- Date d'extraction
- 11 sept. 2026
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