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§ 04 · Allumage électricité

6/12 Volts — pourquoi le 6 V n'est pas une tare

Citroën Traction Avant · 1934–1957 · 6 min de lecture · extraite le 11 sept. 2026

Toute la production Traction est livrée en 6 V — à l'exception de certains assemblages étrangers, notamment les « Slough » anglaises, dont le système 12 V Lucas est désormais confirmé par trois sources indépendantes et détaillé dans L'usine Citroën de Slough (Angleterre) — 40 ans de production britannique (1926-1965/66) (dont l'origine possible : un ingénieur de Slough affirme avoir démontré à Javel, lors du développement de la DS, la supériorité technique du 12 V — sans succès avant les années 1970 côté français). Analyse factuelle contre les critiques de forums.

1. Perspective historique

Le choix 6 V/12 V relevait plus de la tradition maison que de contraintes techniques :

  • 6 V initialement : quasi tous les Américains (Ford, Oldsmobile, Pontiac, Chevrolet, Cadillac…), et des Européens renommés — Citroën, Mercedes-Benz, Opel, BMW, Porsche, Volkswagen, Renault
  • 12 V très tôt : Peugeot, Hotchkiss, Talbot, Salmson, nombre d'Anglais.
  • Hésitants : Simca (Aronde en 12 V, premières Vedette en 6 V — en 1954 on achetait encore une Vedette moderne en 6 V et boîte 3 !).
  • La bascule générale a lieu seconde moitié des années 50, quand la Traction est déjà en fin de carrière. Preuve ultime : les DS et ID sont sorties en 6 V pendant quelques années.

2. Les points techniques

A. Le circuit

  • Circuit des TA « d'une simplicité biblique » (les premiers modèles avaient la réputation de fils un peu fins, corrigé en production).
  • En 6 V, à puissance égale, il faut une section double du 12 V → faisceau plus volumineux et plus cher, mais raisonnable ici vu la simplicité.
  • En restauration : câbles de batterie d'origine 40 mm² → passer à 50 mm² minimum ; le reste du câblage d'origine (12/10 et 20/10) convient et doit être respecté.
  • Effet Joule : négligeable sur TA (sections bien dimensionnées, circuit court, l'arrière ne porte que de faibles intensités).
  • Résistances de contact (plus pénalisantes en 6 V) : la TA en a très peu (pas de relais, fusibles, accessoires). Soigner : le Anatomie et réfection du contacteur d'allumage, le commodo, les douilles de phares (plus fortes intensités hors démarreur/charge) ; bombes nettoyantes de contact professionnelles + nettoyage mécanique ; vérifier sertissage des cosses et isolation ; poser discrètement des fils de masse caisse→phares/feux/corps d'allumeur ; rondelles éventail partout (exclusivement).
  • Coupe-circuit ailleurs que directement sur la borne négative : résistances de contact supplémentaires jusqu'à la panne totale (voir Astuce n°11 : Le plus simple des coupe-circuits).
  • ⚠️ Documentation d'époque : ne pas confondre diamètre en dixièmes de mm et section en mm² (fil de 10/10 = 1 mm de diamètre = 0,79 mm²).

B. La génératrice (dynamo)

  • Dynamo courant continu, robuste, universelle chez tous les constructeurs jusqu'au début/milieu des années 60 (puis alternateur).
  • Puissance massique passée de ~16 W/kg à ~30 W/kg fin années 50.
  • En 6 V elle est plus lourde/encombrante à puissance égale (gros fils, long collecteur) — un 12 V serait plus compact, pas plus « efficace ».
  • Débit adapté à une Traction conforme : 20–25 A maxi selon modèles ; abandon assez rapide des dynamos 3 balais au profit des dynamos à régulateur.

C. La batterie

  • Position peu pratique (dépose du capot) — un emplacement côté droit près du démarreur aurait été plus logique mais problématique (conduites à droite, corrosion du bac).
  • À l'époque, la batterie 12 V coûtait le double de la 6 V à capacité égale (catalogue Mestre & Blatgé 1938) — avantage économique réel du 6 V, remplacements fréquents à l'époque. (Aujourd'hui c'est l'inverse, le 6 V étant un produit de niche.)

D. L'éclairage — démontage du mythe « le 12 V éclaire mieux »

  • Réglementation d'époque : jusqu'au début des années 50, lampes code/phare limitées à 36 W quelle que soit la tension (parfois exprimées en « bougies » : 1 bougie ≈ ½ W → 72 bougies = 36 W). Les normes ne font aucune différence de flux lumineux entre 6 et 12 V.
  • Consommation phares sur TA : 36/6 × 2 = 12 A — la dynamo suit toute une nuit, avec de la marge.
  • Avantage inattendu du 6 V : filament plus gros et ramassécentrage au foyer de la parabole plus précis (norme BNA 60), faisceau mieux réparti qu'avec le long filament fin du 12 V ; lampes aussi plus robustes (contre : inertie d'allumage, gênante surtout pour les clignotants).
  • Mesure comparative de la source (luxmètre de smartphone, mêmes câbles, batteries chargées) : lampe 12 V 36 W : 5 906 ; lampe 6 V 36 W : 6 102. « Un Watt reste un Watt en 6, 12 ou 220 V. »

E. Pourquoi les constructeurs sont passés au 12 V (à partir du milieu des années 50)

a) Meilleure essence → taux de compression en hausse → étincelle plus chaude nécessaire, or un primaire 6 V ne passe pas plus d'intensité sans sacrifier le rupteur. b) Compression en hausse → démarreurs plus puissants → taille problématique en 6 V. c) Circuits de plus en plus complexes + accessoires (dont autoradios à lampes, gros consommateurs) → faisceaux 6 V trop volumineux et chers. d) Faisceaux longs et connexions multipliées → chutes de tension moindres en 12 V. e) Éclairage passé de 36 à 45 W + phares longue portée/antibrouillard → limites d'une dynamo 6 V de taille raisonnable. f) Standardisation : fin de la triple référence 6/12/24 V pour chaque composant.

Conclusion de la source

Le 6 V n'est ni une tare ni une calamité — c'est un choix d'époque simple, efficace et économique, comme les ailes rondes ou la boîte 3. Un équipement électrique conforme et bien entretenu fonctionne parfaitement ; trop de conversions 12 V masquent simplement un manque d'entretien basique (« une parabole ternie ? passons en 12 V, ça ira mieux ! »). Vraie concession utile au monde moderne : une signalisation plus persuasive (conducteurs actuels réagissant aux stimuli lumineux) via les lampes LED en 6 V, réversibles — voir LED or not LED ? Moderniser l'éclairage en 6 V sans rien modifier. La source illustre enfin un contre-exemple de conversion 12 V « remarquablement salopée » (fils repiqués n'importe où, alternateur mal aligné, coupe-circuit sur le pôle positif, hélice de ventilateur à l'envers…).

Bibliographie citée

  • L'électricité automobile, M. Dory, 1956 · Précis de technique automobile, J. Chagette, 1947 · Électrotechnique du monteur électricien, R. Deschamps, 1946 · Équipements électriques, A.M. Touvy, 1952 · R.T.A. Électricité Automobile, n° spécial déc. 1956 · Électricité Automobile, G. Couderc, 1953 · L'électricité dans l'automobile, A. Soulier, 1953 · Connaissance de l'électronique automobile, Gory & de Parcevaux, 1983

Images de la source

9 images : schéma circuit 11 de 1947 (avec un ordre d'allumage illustré incorrect, note l'auteur !), coupe de la dynamo, comparaison des filaments, norme des lampes, tarifs batteries 1938.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
rouler-en-traction-avant.blog4ever.com
Date d'extraction
11 sept. 2026
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