La lignée RS/RSR 2,8 à 3,0 litres (1973-1974) — la \"Ferrari killer\"
Le contexte : l'endurance sans les 917
Depuis 1969, les Porsche 917 dominaient l'endurance mondiale. Le changement de réglementation de 1972, qui rend les 917 obsolètes et pousse Ferrari à se retirer de l'endurance au profit de la Formule 1, laisse un plateau dégarni où ne restent guère que les anglaises à moteur Ford-Cosworth DFV et les Matra. Une large part des ventes de tourisme Porsche se faisant à l'exportation vers les États-Unis, l'usine choisit de s'orienter vers les catégories IMSA/GT, sur la base de la 911S, déjà distinguée au Rallye Monte-Carlo et au Tour de France automobile.
Le tour de passe-passe réglementaire de Porsche
La réglementation FIA de l'époque autorise à faire évoluer un modèle déjà homologué en Groupe 3, à condition que la modification concerne au moins 50 exemplaires — ce qui permet en pratique de basculer du Groupe 3 au Groupe 4. En s'appuyant sur l'homologation obtenue pour la Carrera RS 2.7 (voir La Carrera RS 2.7 (1973) — la 911 de légende des collectionneurs, homologation n°3053 du 1er mars 1973), Porsche dépose dès 1973 une série de demandes d'« évolutions », acceptées en avril de la même année.
La RSR 2.8, « Ferrari killer »
Première évolution : la Carrera RSR 2.8, qui reprend le châssis de la RS 2.7 mais reçoit les trains roulants et le système de freinage dérivés de la Porsche 917. La cylindrée grimpe à 2,8 L (alésage porté de 90 à 92 mm), le taux de compression à 10,5:1, pour un gain d'environ 100 ch. Les ailes sont élargies pour chausser des pneus plus larges. Construite à seulement 49 exemplaires en sept mois, elle est surnommée « Ferrari killer » par la presse spécialisée de l'époque : dès sa première course, les 24 Heures de Daytona, elle se révèle la voiture à battre, devançant largement les Ferrari 365 GTB/4 Daytona « Competizione » (4,5 L) et les Corvette (7 L). La même année, elle remporte les 12 Heures de Sebring, la Targa Florio, et 5 des 9 manches du championnat d'Europe des voitures GT (Dijon, Monza, 1000 km du Nürburgring, 6 Heures de Watkins Glen, Targa Florio).
La RS et la RSR 3,0 litres (1974)
Pour la saison 1974, le département compétition hésite entre un tout nouveau modèle à moteur turbocompressé 2,1 L, ou une nouvelle évolution de la Carrera 2,8 RSR — la réglementation sur les moteurs turbo imposant un poids minimal bien plus élevé, et le réglage des turbocompresseurs restant trop complexe pour une clientèle non-usine. C'est la seconde option qui est retenue. Base : châssis de la Carrera 2.7 type G (homologation du 1er février 1974, n°3062), freinage 917 (homologation n°250/1969), moteur RS 2.7 réalésé à 95 mm (soit 3,0 L), carrosserie de la 2,8 RSR (avril 1973).
Développement : bras arrière renforcés, barres de torsion de diamètre supérieur, barres antiroulis réglables, jantes Fuchs 8" et 9" à fixation cinq boulons. Côté moteur : taux de compression 9,8:1, pompe d'injection mécanique Bosch type 019 conservée, culasses retravaillées pour des soupapes plus grandes. Carrosserie : ailes élargies et capots en polyester, portes reprises de la RS 2.7 « lightweight », pare-chocs polyester redessinés avec ouvertures pour le refroidissement des freins et du radiateur d'huile central Behr, chromes remplacés par du noir mat jugé plus moderne.
Selon Wikipédia anglophone, la version routière Carrera RS 3.0 (911/77, 2 993 cm³) délivre 230 ch pour environ 900 kg ; sa dérivée course Carrera RSR 3.0 (911/74, même cylindrée) atteint 315 ch. Une version encore plus radicale, la RSR Turbo 2.1 (911/76, 2 142 cm³ compte tenu du coefficient d'équivalence turbo x1,4 alors en vigueur, 500 ch), termine 2ᵉ au général des 24 Heures du Mans 1974 — un résultat fondateur, puisque ce moteur turbocompressé sert de base à la quasi-totalité des futurs programmes de compétition suralimentés de Porsche, jusqu'à la 935 (voir La 911 Turbo — type 930 (1974-1989), première Porsche de série suralimentée).
Voir aussi
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