§ 01 · Histoire et modèles
Évolution des Traction 11 après-guerre (1945–1957)
Citroën Traction Avant · 1934–1957 · 9 min de lecture · extraite le 11 sept. 2026
Synthèse issue d'un avant-projet de guide de la Traction (jamais publié), établie par recoupement de nomenclatures techniques et d'ouvrages. L'auteur avertit : Citroën modifiait parfois ses voitures pour des raisons industrielles sans le documenter — l'exactitude absolue est impossible.
Constat général : les principales modifications mécaniques des 11 d'après-guerre concernent presque exclusivement le moteur. Boîte de vitesses, transmission, trains roulants et freins restent quasiment inchangés de 1945 à 1957.
Chronologie année par année
1945 — Reprise de la production
- Production reprise en juin 1945 avec la seule 11 B Légère, configuration identique à 1939 à quelques détails près.
- Le bureau d'études se concentre sur la TPV (future 2CV) ; pas de nouveau modèle envisagé.
- Phares peints (plus chromés), finition intérieure spartiate, panneaux de portes simplifiés en carton bouilli.
- Signes distinctifs d'une après-guerre : gouttières d'auvent plus courtes et disparition de la nervure emboutie autour de la lunette arrière.
- Octobre : bavettes d'ailes avant allongées et obliques ; supports d'ailes avant simplifiés (tôle épaisse sur chant au lieu de profilé en U).
- Teintes : gris anthracite irisé (deux nuances), puis noir ; les tout premiers exemplaires en vert armée (réséda).
- Voitures souvent livrées sans roue de secours (pénurie de caoutchouc).
- 1 525 unités assemblées seulement — davantage un redémarrage de chaînes qu'une vraie commercialisation.
1946 — Économies et petites retouches
- Mai : le capot à volets, trop cher à fabriquer, est remplacé par un capot à louvres (principe repris de la 15/6 depuis son lancement) ; plus besoin de moduler l'aération du moteur.
- Novembre : les roues Pilote à rayons plats disparaissent au profit des roues B.M. (« brevet Michelin »).
- Apparition de baguettes alu de ceinture de caisse (portes seulement), butoirs de pare-chocs, plaquette « Citroën » sur le pare-chocs arrière.
- Été : quelques voitures reçoivent des sabots d'ailes nervurés empruntés à la 15/6.
- Carburateur : réglages de buse et gicleur adaptés aux carburants d'indice d'octane incertain de l'époque.
- Septembre 1946 : un exemplaire unique de 11B Normale assemblé (réglage de chaîne + présentation au salon), annonçant son retour en 1947.
1947 — Retour de la Normale
- Janvier : rétroviseur déplacé en bas du pare-brise (11B Légère).
- Mars : retour de la 11B Normale, présentation identique à la Légère ; elle ne retrouve la montre de bord qu'en octobre.
- Généralisation des sabots striés sur les ailes des deux modèles.
1948 — Immobilisme
- Adoption des sabots d'aile AXO (conservés jusqu'à la fin de la série).
- Calandre à trou de manivelle oblong sur la Normale.
- Le noir devient la seule teinte disponible, roues ivoire.
- Lancement de la 2CV au salon d'octobre 1948 — la presse regarde ailleurs, la 11 est tranquille.
1949 — Micro-changements
- Juillet : tableau de bord à fond clair.
- Décembre : abandon des sièges tubulaires « casse-dents » pour des sièges Pullman standardisés sur ceux de la 15/6, en drap rayé gris.
- Délais de livraison encore très longs ; la clientèle accepte l'immobilisme.
1950 — Réveil mécanique
- La concurrence propose 4 vitesses, chauffage/dégivrage efficaces, couleurs — la 11 se démode.
- Février : taux de compression porté à 6,5 ; nouveaux allumeurs à avance manuelle.
- Avril : nouveau carburateur Solex 32 PBIC + filtre à air/silencieux d'admission plat (Vokes ou Miofiltre) ; Zénith fournit aussi des 32 IN. Tubulure d'admission modifiée en conséquence.
- Juillet : tableau de bord orné de moulures alu et d'une paire de chevrons alu.
- Septembre : la pompe à eau abandonne le presse-étoupe pour une bague d'étanchéité AD (plus de resserrages réguliers).
- Septembre (Légère seulement) : volant à 2 branches (noir), boutons de tableau allongés et nickelés.
- Mars–mai : grève chez Michelin → roues du fournisseur belge Lambert Nivelles (trous ovales sur le voile).
1951 — Statu quo critiqué
- Janvier : volant 2 branches sur la Normale ; jauge d'huile flexible en fil plat sur tous les modèles.
- Mars (11 Normale) : joues d'ailes interrompues au niveau du bas des ailes ; disparition de l'entourage de calandre.
- La presse n'épargne plus la Traction : dépassée en performances (une 7 CV concurrente la dépasse), il ne lui reste que qualités routières, prix et facilité d'entretien.
1952 — Le grand lifting (« malle bombée »)
Année de profondes mutations esthétiques, par petites touches :
- Avril : nouveau pédalier plus souple → maître-cylindre déplacé à l'intérieur du jambonneau gauche avec large trappe de visite ; commande d'embrayage modifiée ; freins arrière alimentés par un seul flexible.
- Nouveau ciel de toit plus enveloppant ; bas de garnitures de portes en plastique gris strié.
- Enjoliveurs de roues gris perle (au lieu de jaune paille).
- Mai : apparition des clignotants (inverseur à minuterie au tableau) — petits feux AXO « goutte d'eau », blancs à l'avant sur les ailes, rouges à l'arrière de chaque côté du pavillon. Roues BM percées de 4 fentes oblongues. Plaque avant rectiligne.
- Juin : moteur d'essuie-glaces déplacé sous l'auvent, balais en bas du pare-brise. Tableau de bord totalement remanié : cendrier, tirettes alu ovoïdes, commande rotative de volet d'air chaud, moulure enveloppante autour du cadre de pare-brise. Entrebâillement de pare-brise par système fileté (au lieu du pantographe). Feux de position bicolores rouge/blanc sur pieds milieu de portes.
- Juillet : cadres de glaces de portes et lunette arrière enveloppants.
- Mi-juillet 1952 : pose de la MALLE BOMBÉE — la grande césure entre « malles plates » et « malles bombées ». Coffre agrandi (mais roue de secours toujours gênante à l'intérieur). Pare-chocs rectilignes avant et arrière, feu arrière unique d'un nouveau type sur l'aile gauche, plaque minéralogique au milieu de la malle.
- Bilan : pseudo-modernisation à moindres frais — intérieur plus lumineux (tissu gris rayé clair), aspect moins désuet, mais fondamentalement la même voiture.
1953 — Retour des « six glaces »
- Berlines reconduites sans modification, sauf régime maxi porté à 4 000 tr/min (au lieu de 3 800).
- Salon de septembre : retour de la Familiale et de la Commerciale (« six glaces »), uniquement sur base de caisse Normale :
- Couple conique plus court 8×31 (au lieu de 9×31)
- Pneus 185×400 (au lieu de 155/165×400)
- Tambours de freins arrière de 12 pouces
- Volant 3 branches (manœuvres)
- Familiale : 3 strapontins escamotables dans le plancher, dossiers avant amincis ; succès en version taxi (séparation chauffeur optionnelle) ; conserve la malle des berlines.
- Commerciale : intérieur plastique gris (sauf assises), hayon articulé au-dessus de la lunette arrière avec béquille, plancher amovible à deux hauteurs de chargement ; roue de secours au milieu (gênante pour le chargement).
- Salon 1953 : fin du noir obligatoire — nuancier : gris perle AC 126 et bleu d'Islande AC 122.
1954 — Préparation du 11D
- Commerciale : véritable début de carrière en avril.
- Chromes : charnières de malle, embases de bras d'essuie-glaces, bouchon de réservoir ; volant gris.
- Amorce du système « 11D » (dernière évolution du moteur 78×100) :
- Octobre : nouvel arbre à cames entraîné par cannelures (au lieu du joint Oldham, bruyant et difficile à régler).
- Décembre : soupapes d'échappement, pompe à huile et culasse légèrement modifiées.
- Nouvelles teintes : gris bruyère AC 131 et bleu nuit AC 601.
1955 — Arrivée progressive du moteur 11D
- Esthétique : ajout d'un 2e feu arrière droit (mais un seul feu stop, à gauche).
- Mars : embiellage à coussinets minces (remplace les paliers régulés) — robustesse accrue.
- Mai : culasse entièrement remaniée ; carburateurs Solex 33 PBIC, Zénith 32 INA ou Zénith 36 WI ; nouvelle pompe à eau ; pistons à fond plat ; cache-culbuteurs à remplissage d'huile déporté ; filtre à air perpendiculaire au moteur.
- Juin : nouvelle tubulure d'admission, diamètres d'entrée des gaz 36 mm (au lieu de 32) ; culasse re-modifiée en conséquence.
- Juillet : soufflets caoutchouc sur transmissions côté roues ; distributeurs d'allumage adaptés au 11D.
- Équipement électrique renouvelé : dynamo/régulateur et démarreur.
- Septembre : carter inférieur alu + nouvelle pompe à huile — dernière étape du 11D.
- Résultat 11D : régime légèrement supérieur, plus souple, ~65 ch, plus résistant. Argument commercial pour rassurer la clientèle effrayée par la DS 19.
- Familiales/commerciales : récupèrent en septembre le couple conique 9×31 (plus long) et reviennent aux pneus 165×400.
- ⭐ Mulet d'essai pour la DS
[citroenet.org.uk]: selon l'ingénieur Ken Smith (témoin direct, alors en poste au Bureau d'Études de la rue du Théâtre à Paris de 1954 à 1955), une suspension anti-roulis contrôlée par moteurs électriques, conçue par Paul Magès dans le cadre du développement de la DS, fut testée pour la première fois sur une Traction de 1955 avant d'être abandonnée pour raisons de coût — au même titre qu'un système ABS développé dès 1955 par Magès pour la DS. Anecdote isolée, non recoupée par une autre source du corpus, mais crédible (source directe, datée, cohérente avec le rôle de banc d'essai roulant que joua la Traction en fin de carrière) — voir L'usine Citroën de Slough (Angleterre) — 40 ans de production britannique (1926-1965/66) et sources/citroenet-org-uk.md.
1956 — Rien
- Aucune modification ; Citroën est absorbé par la DS 19 (lancée fin 1955). La Traction reste au catalogue pour la clientèle conservatrice et pour les carrosseries familiale/commerciale non disponibles en DS.
1957 — Fin de série
- Juin : bielles au corps plus épais (identiques à celles retenues sur l'ID).
- La toute dernière Traction tombe de chaîne le 25 juillet 1957 — une Familiale, filmée freinant pour laisser passer une DS.
Numéros de série par année
| Année | 11 B Légère | 11 B Normale |
|---|---|---|
| 1945 | 456 501 – 457 600 | — |
| 1946 | 457 600 – 469 600 | (1 ex. en sept.) |
| 1947 | 469 601 – 488 200 | 154 770 – 156 600 |
| 1948 | 488 201 – 508 800 | 156 601 – 163 950 |
| 1949 | 508 801 – 531 500 | 163 951 – 177 700 |
| 1950 | 531 501 – 556 200 | 177 701 – 195 500 |
| 1951 | 556 201 – 582 200 | 195 501 – 212 100 |
| 1952 | 582 201 – 612 000 | 212 100 – 236 600 |
| 1953 | 612 000 – 636 000 | 236 601 – 270 800 |
| 1954 | 636 901 – 652 800 | 270 801 – 299 999 |
| 1955 | 652 800 – 667 400 | 403 601 – 427 300 |
| 1956 | 667 401 – 675 905 | 427 300 – 441 990 |
| 1957 | 675 906 – 677 500 | 441 991 – 444 600 |
(Noter le saut de numérotation de la Normale entre 1954 et 1955 : 299 999 → 403 601, tel qu'indiqué par la source.)
Images de la source
- https://static.blog4ever.com/2010/05/415449/artfichier_415449_4474999_201501213800646.jpg
- https://static.blog4ever.com/2010/05/415449/artfichier_415449_4474997_201501213645131.jpg
- https://static.blog4ever.com/2010/05/415449/artfichier_415449_4469512_201501190712204.jpg (11 Normale 1951)
- https://static.blog4ever.com/2010/05/415449/artfichier_415449_4481917_201501243807153.jpg (11 Normale mai 1952)
- https://static.blog4ever.com/2010/05/415449/artfichier_415449_4476858_201501225924783.jpg (11 Normale fin 1953 gris perle)
Provenance de cette fiche
- Site source
- rouler-en-traction-avant.blog4ever.com
- Date d'extraction
- 11 sept. 2026
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