Pierre-Jules Boulanger — biographie complète et circonstances de sa mort au volant d'une 15-Six
Figure déjà centrale de ce corpus (annulation de la 22 V8, cf. Le destin réel des 22CV — démontage sur ordre de Boulanger, et la réplique de Bouwe de Boer et La 22 V8 — le mythe (1934)) mais jusqu'ici jamais documentée pour elle-même. Cette source comble la lacune.
Avant Citroën
Né à Sin-le-Noble (actuels Hauts-de-France). Études d'art abandonnées pour devoir travailler. Service militaire 1906-1908, où il rencontre Marcel Michelin (neveu d'Édouard Michelin). Il part ensuite aux États-Unis exercer divers métiers, avant de rentrer en France en 1914.
Un épisode nord-américain méconnu (mise à jour de la source, via le Northwest Citroën Owners Club / Chris Dubuque)
En 1908, à 28 ans, Boulanger s'installe à Seattle où il travaille comme architecte pour le cabinet S.A. Jennings (auteur de plusieurs bâtiments de Seattle, dont l'entrepôt en brique du front de mer plus tard connu comme « Old Spaghetti Factory »). Après un bref retour en France, il repart en 1913 pour le Nord-Ouest, travaillant cette fois à Victoria (Colombie-Britannique) pour le cabinet Rochfort & Sankey, puis en association sous le nom « Jennings & Boulanger Architects », bureau sur Douglas Street. La Première Guerre mondiale le ramène en France, mettant fin à cette carrière d'architecte nord-américain — mais trois grilles/portails de quartier qu'il a dessinés subsistent aujourd'hui à Victoria, le long de Beach Drive (à Thorpe Place et à Cadboro Bay Road) et à Uplands Road/Cadboro Bay Road.
Retour en France et Première Guerre mondiale
Rejoint l'armée française comme caporal, devient photographe aérien, termine la guerre capitaine, décoré de la Croix de Guerre (« Military Cross ») et de la Légion d'Honneur.
Carrière chez Michelin puis Citroën
- 1918 : entre chez Michelin, sous l'autorité directe d'Édouard Michelin.
- 1922 : rejoint le conseil d'administration Michelin.
- 1938 : devient directeur général conjoint (« joint managing director ») de Michelin — poste qu'il occupera en parallèle de sa présidence de Citroën.
- Décembre 1934 : Citroën, en faillite, est repris par Michelin (déjà son principal créancier), qui en devient l'actionnaire principal. Pierre Michelin est nommé président de Citroën en remplacement d'André Citroën ; Boulanger en devient l'assistant, ainsi que vice-président et chef du bureau d'études/style.
- 1937 : Boulanger devient président de Citroën à la mort de Pierre Michelin (son ami), tout en continuant de codiriger Michelin.
Les décisions qui ont façonné la Traction
- Réductions de salaires et économies de production pour restaurer la rentabilité de Citroën.
- Annulation du lancement de la 22 V8 (déjà documenté en détail dans La 22 V8 — le mythe (1934) et Pourquoi la Citroën 22 n'a-t-elle jamais été produite en série ? (l'enquête complète)).
- Choix des portes arrière non symétriques sur les versions rallongées (Limousine, Commerciale) : plutôt que de développer des portes réellement symétriques aux portes avant, Citroën a réutilisé les portes de berline normale, simplement découpées pour dégager la roue arrière — une mesure d'économie directement attribuée ici à la politique Boulanger. Complète Les portes « symétriques » des Tractions rallongées, qui documentait déjà la solution technique sans en attribuer la paternité décisionnelle.
- 1936 : lance le projet TPV (« Très Petite Voiture »), qui deviendra la 2CV en 1948 — donc conçu et engagé du vivant de Boulanger, pendant les années Traction.
Pendant l'Occupation
Boulanger refuse tout contact direct avec les autorités allemandes (uniquement via intermédiaires). Il organise un ralentissement délibéré de la production des camions Citroën pour l'armée allemande, allant jusqu'au sabotage en usine : la encoche de la jauge à huile étant volontairement mal placée, provoquant des grippages moteur. Après le sac du QG parisien de la Gestapo par la Résistance en 1944, son nom figure en bonne place sur une liste noire allemande des « ennemis du Reich ». (Ce fait concerne la production de camions, pas directement la Traction Avant — mentionné ici pour le contexte biographique ; voir aussi La Traction et la Résistance pour les faits spécifiquement liés aux voitures Traction pendant la Résistance, dont l'anecdote des « fausses voitures diplomatiques » qui reste, elle, non confirmée.)
Le projet inachevé : la DS
Boulanger initie et pilote les premières phases du projet VGD (Voiture à Grande Diffusion), qui deviendra la DS — mais meurt avant d'en connaître le succès commercial (lancement DS 19 en octobre 1955, cf. La 15-Six — G, D et H (1938–1957)).
Mort accidentelle (11 novembre 1950)
Boulanger meurt au volant de sa Traction 15-Six, avec son épouse à bord, sur la route entre Clermont-Ferrand (siège de Michelin) et Paris. Par temps de brouillard et de pluie, sur une route pourtant parfaitement rectiligne, la voiture heurte un arbre sur la gauche de la chaussée et s'enroule littéralement autour du tronc ; Boulanger meurt probablement sur le coup, son épouse est grièvement blessée mais survit.
Lieux de mémoire
- Une stèle se dresse sur le bord de la route entre Moulins et Clermont-Ferrand, au nord de Brout-Vernet (Allier) — lieu de l'accident (aujourd'hui largement oubliée des habitants du village, selon l'auteur de cette fiche). ⚠️ Numéro de route divergent selon la source : « D2009 » selon cet article (« au sud de Moulins ») vs « D2003 » selon un second article indépendant de citroenvie.com, celui-ci écrit par George Dyke qui rapporte s'être personnellement arrêté à la stèle en mai 2024 en revenant vers le nord depuis Clermont-Ferrand — voir Le 90e anniversaire de la Traction Avant — Circuit de Charade, mai 2024 (récit complet). Numérotation des routes départementales parfois instable dans le temps (renumérotations locales) — divergence consignée sans arbitrage.
- Boulanger est enterré au cimetière de Lempdes (Puy-de-Dôme), près de Clermont-Ferrand où il avait sa maison.
- Autre point de départ pour une future vérification : https://www.brout-vernet.fr/decouvrir/1672
Voir aussi
- La 22 V8 — le mythe (1934) · Pourquoi la Citroën 22 n'a-t-elle jamais été produite en série ? (l'enquête complète) · Le destin réel des 22CV — démontage sur ordre de Boulanger, et la réplique de Bouwe de Boer · Les portes « symétriques » des Tractions rallongées · La Traction et la Résistance · La 15-Six — G, D et H (1938–1957) · Personnalités et Tractions hors normes
- Site source
- citroenvie.com
- Auteur du site
- rédaction Citroënvie!
- Date d'extraction
- 11 sept. 2026
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