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§ 12 · Culture documentation

L'esthétique de la Traction — l'analyse du dessin de Flaminio Bertoni

Citroën Traction Avant · 1934–1957 · 3 min de lecture · extraite le 11 sept. 2026

Constat de départ

L'auteur reproche aux descriptions habituelles de la ligne de la Traction (« équilibrée », « harmonieuse », « symétrique ») leur pauvreté, et propose une lecture plus construite du travail du sculpteur-architecte Flaminio Bertoni.

L'« oiseau-tortue » : la thèse centrale

  • La cabine arrière arrondie en tôle protectrice évoquerait le fiacre ancien, mais aussi une carapace de tortue — André Citroën aurait lui-même évoqué cette image auprès de sa famille pour la « Petite Voiture ». Cette forme se retrouve jusque dans le dessin de la gouttière arrière reliant les deux ailes.
  • L'avant, à l'inverse, évoquerait le vol d'un oiseau : mécanique (« squelette ») recouverte par la carrosserie (« plumage »), ailes avant élancées en deux dimensions représentant la traînée aérodynamique du mouvement. L'auteur suggère que Bertoni aurait voulu symboliser l'envol du Cygne Flottant, emblème antérieur de la marque devenu « trop tranquille » pour la nouvelle 7.
  • D'où la synthèse proposée : la Citroën 1934 est un animal mythique hybride, l'« oiseau-tortue ».
  • Les « obus à glaces » de calandre complètent l'espace entre la calandre haute et les ailes galbées.

La calandre comme élément central

Décrite comme un « instrument à vent » ou une « pointe d'épée » qui semble fendre l'air et la route — image reliée par l'auteur à l'engouement pour les raids longue distance au volant de la voiture (voir La Traction en compétition — palmarès, L'Esprit Citroën — taylorisme, communication de marque et place de la Traction).

La « ligne frontière »

Les élancements avant (mécanique tractrice, dynamique) et les arrondis arrière (habitacle tracté, statique) se rejoignent par légère interpénétration au niveau du montant de pare-brise : aile avant prolongée au-delà du capot, ligne de caisse prolongée au-delà du pare-brise, poignées de portes arrière reprenant en miroir le dessin des ailes avant. La ligne de bas de capot/bas de portières, bien que discontinue, forme selon l'auteur la « vraie ligne de caisse » de la 7 — ce qui justifie de qualifier la voiture de « frontière » entre passé et avenir, tradition et modernité.

Sobriété ornementale

Contrairement à des concurrentes plus ostentatoires, la 7 ne porte quasiment aucun ornement : un cimier de calandre reprenant le motif « arrondi + délié » (arabesque — thème remis à l'honneur par la Renaissance italienne à Venise ; Bertoni, né à Varèse à 320km de là, l'aurait déjà utilisé dans sa toute première maquette de 1922), des poignées de portes fonctionnelles dessinées pour épouser la paume, et de discrets emboutis anti-vibration autour des vitres et des feux arrière. Finitions haut de gamme (roadsters, modèles 22) : flammes décoratives de portières et embouti de capot spécifique sur 11A/22CV.

⭐ Bertoni au fil de sa carrière (complément biographique)

Flaminio Bertoni est entré chez Citroën en juillet 1932 (et non 1933, comme parfois indiqué) — voir Filmographie et cycle de conférences de Jérôme Collignon (2003-2019). Une exposition muséale vue par l'auteur au 14e ICCCR de Rome (2008) caractérise l'évolution de son style par décennie, la période Traction (années 1930) y étant décrite comme celle de la « jeunesse, exubérance, superficialité, décoratif, esquisse inachevée » — par contraste avec la 2CV (années 1940 : « rigueur, simplification, lignes épurées, espaces, pleins-vides »), la DS (années 1950 : « douceur, rondeur, aspect lisse, fini ») et l'Ami 6 (années 1960 : « abrupt, lignes tendues et brisées »). Bertoni obtient par ailleurs un diplôme d'architecte en 1949, sur la base d'un projet de maison des artistes.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
jeromecollignon.blog4ever.com
Auteur du site
Jérôme Collignon
Date d'extraction
11 sept. 2026
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