Aller au contenu
§ 01 · Histoire et modèles

Les importateurs de la Mini en France

Austin Austin/Morris Mini (Mini classique, 1959–2000) · 3 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Avant l'installation directe de British Leyland sur le sol français en 1971, la distribution de la Mini (et plus largement des marques du groupe BMC) reposait sur un réseau de six importateurs indépendants, chacun responsable d'une zone géographique et, pour certains, d'un badge particulier — une organisation aujourd'hui très mal documentée, que le blog datch.fr a reconstituée à partir du témoignage direct de Marc Aumonier.

Le découpage du territoire

  • Afiva (Agence Française d'Importation de Véhicules Anglais) : importateur des Austin, Austin-Healey, Princess et Wolseley pour l'Île-de-France.
  • Anova (Agence Nord-Ouest de Véhicules Anglais) : filiale d'Afiva couvrant le nord-ouest de la France.
  • Richard SA : importateur des Morris, MG et Riley pour l'Île-de-France.
  • Nord-Est Motor : filiale de Richard SA pour le nord-est de la France.
  • Stewart & Ardern : importateur anglais toutes marques BMC pour le sud-ouest, basé à Mérignac près de Bordeaux.
  • Kennings : importateur anglais toutes marques BMC pour le sud-est.

Afiva et la « Mini Parisienne »

Fondée en 1937 par Charles de Vries, Français d'origine hollandaise, Afiva importe déjà des Austin dans les années 1950. Confronté en 1959 aux mêmes réticences du public que BMC en Angleterre — la Mini est jugée chère et déroutante face à une Renault 4 CV qui se vend très bien — De Vries choisit une stratégie à contre-courant : positionner la Mini comme une petite voiture de luxe, en important systématiquement les versions les mieux équipées (chauffage, chromes, custodes ouvrantes) et en développant toute une gamme d'accessoires spécifiques, sur lesquels ses vendeurs étaient d'ailleurs davantage commissionnés que sur la voiture elle-même. Cette stratégie aboutit à un modèle emblématique, la Mini « La Parisienne » : un habillage entièrement fait main en cannage recouvrant les flancs de la voiture, réalisé par l'artiste du réchampissage automobile Roger Takahira (fils d'une Française et d'un antiquaire japonais). La clientèle parisienne huppée, de Neuilly au 16ᵉ arrondissement, paie alors couramment le double du tarif catalogue pour ces exemplaires suréquipés — un seul concessionnaire du 16ᵉ, le Garage Victor Hugo, en aurait ainsi vendu plus de 3 000 sans qu'aucun client n'ait jamais essayé la voiture au préalable. Le savoir-faire du cannage « La Parisienne » reste transmis aujourd'hui par le petit-fils de Roger Takahira.

Richard SA, Stewart & Ardern et Kennings

Richard SA, fondée par Jean-Pierre Richard pour importer Morris, MG et Riley, voit ses ventes décoller avec l'arrivée de la Mini Morris. L'entreprise refuse de devenir simple concessionnaire lors de l'arrivée de British Leyland en France et obtient gain de cause dans le procès qui s'ensuit ; elle se reconvertit ensuite comme importateur Datsun. Stewart & Ardern, fondée à Londres en 1911 par Gordon Stewart (dès l'année suivante liée par contrat à William Morris pour l'écoulement de sa toute première production), traverse une passe financière difficile au début des années 1980 après dix ans comme concessionnaire British Leyland ; sauvée par une équipe menée par le chef d'atelier Jacques Torrente, elle redevient bénéficiaire et reste, jusqu'à la fin de MG Rover, le seul importateur/concessionnaire présent sur le marché français de façon continue — la concession existe toujours aujourd'hui, distribuant Land Rover et Suzuki. Kennings, très ancienne entreprise britannique fondée en 1878 dans la distribution de produits pétroliers avant de basculer vers l'automobile (franchises Ford dès 1915 puis Morris), développe ses affaires françaises (vente et location) à partir de 1954.

L'arrivée de British Leyland en France (1971)

L'installation directe de British Leyland en France, en 1971, transforme brutalement le statut de ces importateurs, réduits au rang de simples concessionnaires — avec des marges amoindries. Le réseau passe alors d'environ 250 concessionnaires en 1971 à plus de 300, sans compter les agents. Après avoir failli s'implanter dans le centre de la France, entre Bourges et Châteauroux, British Leyland renonce en découvrant que l'ensemble des liaisons ferroviaires françaises de marchandises passe par Paris (à la différence du réseau routier britannique, non centralisé sur Londres) : le siège français s'installe finalement à Argenteuil (rue Ambroise-Croizat), où emménagent successivement Jaguar (1ᵉʳ décembre 1970), le groupe BMC (1ᵉʳ janvier 1971) puis Triumph-Rover-Land Rover, ex-VPM (1ᵉʳ avril 1971). VPM (Voitures Paris Monceau), importateur Triumph/Rover/Land Rover rue Cardinet à Paris dirigé par Bernard Lamy — futur PDG de British Leyland France —, connaissait notamment un grand succès avec la Triumph Spitfire personnalisable en teintes intérieures, une exclusivité du réseau.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
datch.fr
Auteur du site
Datch.fr
Date d'extraction
12 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci