Innocenti — la Mini à l'italienne, de Lambrate à De Tomaso et Fiat
Aucune production étrangère sous licence n'a autant transformé la Mini que celle d'Innocenti, à Milan — au point de lui donner, en fin de carrière, une carrosserie entièrement différente tout en conservant sa mécanique anglaise.
De la ferronnerie au scooter Lambretta
Ferdinando Innocenti, né à Pescia le 1er septembre 1891, prend dès 18 ans la direction de l'entreprise familiale de ferronnerie « Ferramenta Innocenti » et développe une activité de fabrication de pièces métalliques, puis, à partir de 1931, d'échafaudages tubulaires. Cherchant à reconvertir son outil industriel après la Seconde Guerre mondiale, il lance finalement un deux-roues plutôt qu'une automobile : le scooter Lambretta, concurrent direct de la Vespa, dont 60 % de la production part à l'export.
L'entrée dans l'automobile (1960)
En 1958, poussé par son fils Luigi, Innocenti envisage à nouveau l'automobile. Un projet avec l'Allemand Glas, autour de l'utilitaire Goggomobil, est abandonné avant industrialisation pour ne pas concurrencer Fiat, qui soutient financièrement Innocenti. C'est finalement avec la British Motor Corporation qu'Innocenti se lance, en 1959, autour de l'Austin A40 : le montage sous licence démarre à l'automne 1960 à l'usine de Lambrate, à Milan, avec une carrosserie entièrement produite et assemblée localement sur un dessin de Pininfarina — présentation officielle le 21 octobre 1960. Suivent l'IM3, la J4 et l'I5, puis un coupé original, le Spider 950 (carrosserie Ghia, mécanique de l'Austin-Healey Sprite), tous motorisés par le bloc 948 cm³ de la Mini avant de passer au 1 098 cm³ en 1963.
La Mini Innocenti (1965)
Portée par l'explosion des ventes automobiles en Europe au milieu des années 1960, Innocenti lance sa propre Mini en 1965 — quasiment identique à sa cousine anglaise, mais toujours avec une carrosserie entièrement italienne et une finition plus luxueuse répondant à la demande du marché local. L'année suivante paraît la version break, la Mini T (équivalent du Traveller, voir Mini Traveller et Countryman — le break « woody » (1960–1969)). Le réseau BMC commercialise également dans toute l'Europe une version sportive conçue et produite par Innocenti sous le nom Cooper, déclinée en plusieurs séries Mk 2 et Mk 3, jusqu'aux luxueuses Mini 1000/1001 de 1972 à habillage intérieur en bois véritable, sans équivalent sur les versions anglaises. Motorisée en 850, 1000 et 1300 cm³, la Mini Innocenti reste au catalogue jusqu'en 1975.
Ferdinando Innocenti meurt en 1966, à 85 ans ; son fils Luigi lui succède à la tête de l'entreprise, qui passe en 1972 sous le contrôle de la British Leyland (ex-BMC), devenant sa filiale sous le nom Leyland Innocenti — Lambrate servant désormais de centre de répartition des automobiles Leyland pour l'Europe.
La « Nueva Mini » de Bertone et l'ère De Tomaso
Pour riposter à une concurrence italienne de plus en plus rude sur son créneau, Innocenti confie à Nuccio Bertone le dessin d'une carrosserie entièrement nouvelle, présentée au Salon de Turin de novembre 1974 : la Nueva Mini, esthétiquement très différente de l'originale mais toujours bâtie sur la mécanique anglaise — la production atteint alors un record d'environ 60 000 véhicules par an. En 1976, alors que British Leyland traverse une grave crise financière qui débouche sur sa nationalisation, le groupe britannique se désengage entièrement d'Innocenti : la filiale est reprise, avec l'appui de l'État italien, par l'homme d'affaires italo-argentin Alejandro De Tomaso, déjà propriétaire de la marque de sport automobile éponyme.
Sous De Tomaso, la gamme se resserre autour de la seule Mini Bertone, déclinée en 998 cm³ (type 90) et 1 275 cm³ (type 120), avec une finition sensiblement relevée ; des accords avec British Leyland permettent d'en poursuivre l'export jusqu'en 1982. Une version sportive « De Tomaso » (moteur 1 275 cm³ porté à 74 ch) complète la gamme dès 1977, suivie en 1980 d'une version haut de gamme baptisée Mille.
Le passage aux moteurs Daihatsu, puis Fiat (1982–1996)
À l'expiration des accords avec British Leyland, Innocenti doit renoncer aux moteurs anglais et se tourne vers le japonais Daihatsu (filiale de Toyota), qui lui fournit un nouveau bloc trois cylindres de 993 cm³ pour la Mini 3 (« Tre »), lancée au printemps 1982 (exportée au Canada sous le nom America de 1984 à 1986). En 1986, une version allongée de 21 cm, la 990, reprend la même mécanique. La marque, restée pratiquement figée esthétiquement pendant quinze ans, voit ses ventes s'éroder inexorablement ; en décembre 1989, De Tomaso doit céder Innocenti — ainsi que Maserati, qu'il possédait également — au groupe Fiat. La gamme se réduit encore drastiquement (500, De Tomaso, 990) ; la dernière Mini Innocenti-Bertone sort des chaînes de Lambrate début 1993.
Dès lors réduite à un simple nom de façade, la marque Innocenti rebadge des Fiat brésiliennes (Elba, Mille, dérivées de la Fiat Uno) et une Yugo 45/55 rebaptisée Koral pour le marché italien, avant que Fiat ne supprime définitivement la marque en 1996. En trente-trois années d'existence automobile, Innocenti aura produit un peu moins d'un million de véhicules ; la quasi-totalité des ateliers de l'usine de Lambrate a depuis été rasée pour laisser place à un quartier résidentiel.
Voir aussi
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- datch.fr
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- 12 sept. 2026
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