Aller au contenu
§ 01 · Histoire et modèles

Mini Marcos et Mini Jem — les dérivées sportives en kit et le pari des 24 Heures du Mans 1966

Austin Austin/Morris Mini (Mini classique, 1959–2000) · 4 min de lecture · extraite le 12 sept. 2026

Parmi la centaine de kit-cars bâtis sur base Mini (voir la liste évoquée par Wikipédia anglophone), la Mini Marcos occupe une place à part : c'est la seule voiture britannique à avoir terminé les 24 Heures du Mans en 1966.

Marcos, une maison née du contreplaqué d'avion

La société Marcos, fondée en 1959 à Luton par Jem Marsh (pilote et motoriste) et Frank Costin (ingénieur aérodynamicien, frère de Mike Costin, cofondateur de Cosworth), doit son nom à la contraction de leurs patronymes. Costin, qui avait travaillé sur le bombardier en contreplaqué De Havilland Mosquito, applique son savoir-faire aéronautique à la conception d'un châssis-coque monobloc en contreplaqué marin, extrêmement léger — une architecture testée dès 1959 sur un prototype nommé Xylon (« bois » en grec), qui survit à un tonneau lors de son tout premier essai routier, confirmant la robustesse de la structure. Les premières Marcos GT (1960) et Gullwing (1961) en dérivent, suivies d'une lignée de coupés à moteurs Ford puis Volvo (1500 GT, 1650 GT, 1800 GT, 1600 GT) qui remportent de nombreuses courses au Royaume-Uni comme en Suède.

La DART, ancêtre commun des Mini Marcos et Mini Jem

Toute cette lignée de dérivées sportives remonte à un seul homme : Desmond « Dizzy » Addicott. Surnommé « Dismal » (lugubre) enfant tant il s'ennuyait à l'école, il devient pilote d'essai à Luton pour la Royal Air Force dès 1941, puis pour la British Overseas Airways Company — une carrière qui vaut à son sobriquet de devenir « Dizzy ». Passionné de Mini Cooper et fort de ses connaissances d'aérodynamicien amateur, il conçoit dès 1962 le projet d'une petite sportive en forme de « larme » baptisée DART, bâtie au départ sur la base d'un Mini Van acheté 5 £. Le premier prototype, en tôle, est présenté au Racing Car Show de 1964 ; devant le succès de cette présentation, environ huit coques monobloc en fibre de verre sont produites.

C'est au moment de préparer la commercialisation qu'Addicott et Jem Marsh (qu'il avait associé au projet) se séparent, en désaccord sur la qualité de finition recherchée pour la coque en fibre de verre : deux voitures distinctes naissent de cette rupture, à un an d'intervalle. Pendant qu'Addicott cherche un fabricant pour son projet — qu'il finit par céder pour seulement 750 £ à Jeremy Delmar-Morgan, donnant naissance à la Mini Jem (40 exemplaires de la DART elle-même auront été produits ; Addicott retourne ensuite à sa carrière de pilote d'essai, tout en continuant à commercialiser une porte arrière en fibre de verre pour Mini Van et Estate) —, Jem Marsh développe de son côté la Mini Marcos Mk I, présentée en 1965 pour seulement 199 £ en kit. Une anecdote de fabrication explique un trait commun aux trois voitures : au moment de découper le toit du Mini Van pour bâtir le prototype DART, le châssis se vrille à l'arrière — un défaut jamais totalement corrigé, qui laisse à la DART comme à la Mini Marcos et à la Mini Jem un arrière asymétrique caractéristique.

Construite sur un empattement de seulement 1,8 m, habillée d'une monocoque en fibre de verre dessinée par Malcolm Newell, la Mini Marcos reprend le moteur transversal A-series et les berceaux avant-arrière de la Mini de série (voir Le moteur A-series — histoire et évolution des cylindrées (803 à 1 275 cm³)). Sa première sortie publique, en 1965 sur le circuit de Castle Combe aux mains de Geoff Mabbs, se solde par une victoire.

Les 24 Heures du Mans 1966

L'épreuve fondatrice de la légende Mini Marcos a lieu au Mans en 1966 : sur 55 voitures au départ, seules 15 franchissent l'arrivée, dont la Mini Marcos — dernière au classement, mais seule voiture britannique à terminer la course, face à des Ford, Ferrari et Porsche, à une moyenne de 146 km/h. Elle détient par ailleurs plusieurs records de vitesse dans sa catégorie. Le succès du modèle est tel qu'il sera produit sous licence en Afrique du Sud, en Australie et en Irlande.

Vicissitudes financières et relances

Les coûts de la nouvelle usine de Westbury manquent de couler l'entreprise en 1971 ; Jem Marsh s'obstine et l'affaire, rebaptisée Marcos Ltd, survit grâce à un distributeur américain, le Rob Walker Group of Companies. Plus de 1 300 Mini Marcos et Mini Jem, en kit ou complètes, sortent au total des chaînes. La production s'arrête en 1975 (remplacée un temps par la Midas de Harold Dermott, sur une architecture comparable), mais la Mini Marcos connaît deux résurrections : une production sous licence au Japon entre 1991 et 1995 (dix exemplaires vendus, assemblés en usine et non plus en kit, moteur Cooper 1,3i catalysé), puis une reprise des moules par Marcos Heritage Spares (Rory McMath) à partir de 2005, sous le nom Marcos Heritage Mk 6 et Mk 6 GT — cette dernière version figurant même dans le jeu vidéo Gran Turismo 4.

Voir aussi

Provenance de cette fiche
Site source
datch.fr
Auteur du site
Datch.fr
Date d'extraction
12 sept. 2026
Voir aussi · fiches citées par celle-ci
Fiches qui citent celle-ci